COMMUNIQUER DIFFÉREMMENT DANS LA CULTURE ET LE PATRIMOINE - 8 exemples de campagnes de communication originales et décalées pour trouver l'inspiration dans votre château

Publié par Loris Ternynck, le 14/02/2019
Sous-catégories : Tendance, Méthode.

L'important à retenir dans cet article :

La communication est un enjeu et un défi pour tout site culturel qui souhaite attirer plus de visiteurs et gagner en visibilité. Mais il est difficile de se démarquer dans un secteur très concurrentiel.

Dans cet article, découvrez 8 exemples de stratégies de communication dans le patrimoine historique pour apprendre à :
- Communiquer de manière décalée et originale pour se démarquer ;
- Impliquer vos publics pour en faire des ambassadeurs ;
- Utiliser l’humour pour attirer l’attention ;
- Travailler en réseau pour être plus fort ;
- Réagir à la critique et la censure ;
- Ancrer votre communication dans l’actualité.

1/ La campagne de communication la plus immersive pour promouvoir un projet culturel dans un château

Léon Vivien Facebook – Musée de la Grande Guerre de Meaux



Le concept

Réalisée en 2013, cette campagne n’est pas toute récente, mais a marqué les esprits. Le musée de la Grande Guerre de Meaux et l'agence DDB Paris ont eu la bonne idée de créer une page Facebook au nom de Léon Vivien, personnage fictif, pour raconter la vie d’un soldat français pendant la première guerre mondiale. L’objectif était de faire revivre aux utilisateurs le quotidien d’un poilu. Si l’histoire est fictive, elle témoigne d’une véritable réalité historique soutenue par des documents d’archives. Ainsi, pendant 10 mois, Léon Vivien a raconté sur Facebook son quotidien dans les tranchées, entre juin 1914 et mai 1915, date de « sa mort ».

Les résultats

Brillamment exécutée, intelligente et sensible, la campagne a connu un grand succès et a très fortement impacté son public. Près de 60 000 utilisateurs Facebook ont suivi le profil. La campagne a connu des moments forts, comme le post annonçant la naissance du fils de Léon Vivien, qui a déclenché près de 3 000 likes. Lors du post final annonçant son décès, ce fut près de 2 000 likes, 810 commentaires et 500 partages, ce qui représente des centaines de milliers de personnes touchées.

Des scores incroyables et un engagement peu commun des utilisateurs ; sur le compte, on peut par exemple lire en commentaire « Prends bien soin de toi Léon, repose-toi aussi et si tu ne peux pas dormir, pense au parfum de ta femme, il t’enverra direct au pays des rêves. On pense bien à toi ici » ou encore « Courage Léon, courage pour ce qu’il te reste à affronter et que tu ignores encore ». La campagne complètement immersive a réussi à impliquer émotionnellement le lecteur dans la vie de Léon.

Le musée de la Grande Guerre a ainsi bénéficié d’un véritable gain de visibilité et son propre compte Facebook a connu une très forte hausse de likes. Pour l’opération, le musée n’a pas eu à faire d’achat d’espace ou de contenu sponsorisé.
Un travail de relations presse avait en revanche été réalisé en amont pour s’assurer que le compte soit suivi. Ce projet représente un très bel exemple de médiation numérique. Un travail important d’écriture a été mis en place pour préparer les 10 mois de post, qui ont d’ailleurs fait l’objet d’une publication sous forme de livre par la suite.

L’opération en quelques chiffres :
- 61 227 likes sur la page ;
- Un compte suivi dans plus de 20 pays ;
- Près de 60% des fans âgés de moins de 35 ans ;
- Près de 9 000 000 d’internautes touchés ;
- Près de 6 000 commentaires ;
- 20 posts ayant atteint les 1000 likes.



Comment s’en inspirer ?

Pour s’inspirer de la campagne de communication Léon Viven : choisissez un personnage marquant de l’histoire de votre château et :
- Racontez son histoire sur une période délimitée ;
- Illustrez le récit à l’aide de documents d’archives et d’illustrations ;
- Utilisez un langage moderne et actuel, utilisez les codes de Facebook, Twitter ;
- Utilisez des thèmes universels qui touchent un large public ;
- Soyez pédagogique en restant divertissant.

Par exemple, votre objectif pourrait être d’imaginer « comment un duc/un prince/un seigneur aurait partagé son quotidien sur les réseaux sociaux ? »

2/ La campagne de communication la plus connectée pour promouvoir un projet culturel dans un château


Le roi est mort Twitter – Château de Versailles


Le concept

Dispositif inédit et original, (peut-être inspiré de la campagne Léon Vivien) lancé pour accompagner l’exposition « le roi est mort » qui s’était tenue à Versailles du 27 octobre 2015 au 21 février 2016. Le concept, simple et efficace a permis de faire revivre, étape par étape en direct sur tweeter les derniers jours du roi à l’occasion du tricentenaire de sa mort le 1 septembre 2015 : une incroyable plongée dans l’histoire.

Les résultats

Pari réussi pour le château de Versailles et formidable coup de communication. Une opération peu coûteuse car entièrement digitale. Une communication originale, immersive, qui a fait le buzz autour de l’exposition. Un site internet avait été mis en place spécialement autour de l’événement. L’idée était de créer du trafic depuis twitter vers le site.

Comment s’en inspirer ?

Une idée facile à adapter pour faire revivre de grands événements liés à votre monument. Il vous sera simplement nécessaire de :
- Bien connaître votre histoire ;
- Faire le travail d’écriture et de recherche d’illustrations en amont de la campagne ;
- Planifier vos publications pour simplifier le travail de publication ;
- Communiquer avant la campagne pour attirer l’attention sur votre projet, notamment auprès des influenceurs, des blogs de références, des journalistes et médias ;
- Penser à mettre en place un hashtag.

3/ La campagne de communication la plus collaborative pour promouvoir un projet culturel dans un château


« Nos petits châteaux ont du caractère » - Châteaux et office de tourisme de Blois-Chambord



Le concept

Communiquer quand on est un château dans l’ombre de géants du tourisme tel que Chambord n’est pas facile. Pour tenter de se démarquer et attirer de nouveaux visiteurs, cinq châteaux indépendants et moins connus de la destination Blois-Chambord ont décidé de s’unir en juin 2018 pour faire front ensemble.

Tous situés dans une même zone de 40km, avec la possibilité de se rendre de l’un à l’autre en vélo, les châteaux de Beauregard , Fougères-sur-Bièvre , Talcy , Troussay , Villesavin ont lancé une campagne de communication commune, appuyée par l’office de tourisme Blois-Chambord afin de proposer aux visiteurs de sortir des sentiers battus pour venir les visiter. Ils répondent de cette façon à la demande actuelle du « slow tourisme ».

Les 5 châteaux ont ainsi mis en place un « Pass petit château » à 34€ pour la saison estivale, mis à disposition dans les points d’informations touristiques de Blois, Chambord, Cheverny et Chaumont-sur-Loire ainsi que sur le site de Blois Chambord. Pour chacun des sites, une signalétique a été mise en place afin de présenter les 4 autres châteaux, dans une véritable logique de partenariat.

Les résultats

Ensemble, ils ont pu s’offrir une campagne d’affichage :
- Sur 6 communes de la destination ;
- À la sortie des centres commerciaux du département 41 ;
- À la gare de Blois-Chambord et dans le parking du château à Blois.

Ils ont également acheté une page de publicité dans le magazine Château de la Loire et fait imprimer 30 000 cartes postales diffusées sur le Val de Loire. Une opération qui n’aurait pas été possible sans le financement commun. Les visuels proposés pour les affiches créent une véritable unité dans la communication avec un slogan commun « nos petits châteaux ont du caractère ».

Une démarche avantageuse :
- Une mutualisation des coûts, des dépenses et des moyens ;
- Un impact plus fort en ligne en diffusant une information commune sur 5 réseaux sociaux ;
- Une mise en commun des relations presses.

Comment s’en inspirer ?

Pour faire campagne commune, il est nécessaire de prévoir:
- Une planification organisée ;
- Une bonne coordination entre les parties prenantes ;
- Une juste répartition des tâches et des coûts ;
- Une communication unifiée ;
- Un dossier de presse commun.

4/ Les campagnes de communication les plus amusantes et humoristiques pour promouvoir un projet culturel dans un château



Les concepts

« Emmenez vos enfants voir…» – Musée d’Orsay



« Emmenez vos enfants voir... » une campagne du musée d’Orsay et de l’Orangerie, réalisée par l’agence Madame Bovary et lancée le 27 octobre 2015 afin de valoriser les collections du musée en apportant un regard nouveau sur des pièces phares. Le ton et l’humour décalés détonnent, font sourire et donnent envie de venir. Le public cible est évidemment la famille, ô combien importante pour les musées. Les visuels associent une des œuvres de la collection mise en perspective avec des références universelles.

« #Adopte un tableau » – Musée des beaux-arts Bordeaux



#Adopte un tableau, ou quand le musée des Beaux-arts de Bordeaux détourne le slogan d’un célèbre site de rencontres pour faire le buzz. L’idée est née d’un partenariat entre le musée et l’école de communication Sup de Pub. À la suite d’un travail pédagogique, l’un des projets d’étudiants s’est démarqué des autres et a attiré l’attention de l’institution à tel point que la campagne a finalement été réalisée. Une série de tableaux a ainsi été détournée en s’amusant des clichés tels que le hipster. Présentés de manière originale, les portraits vous invitent à venir à leur rencontre au musée, et qui sait, tomber amoureux.

« Une surprise à chaque visite » - Musée d’art de Philadelphie



« Une surprise à chaque visite », là encore l’idée du musée d’art de Philadelphie et de son agence de publicité Brownstein Group est d’inviter le visiteur à venir visiter les collections permanentes, souvent moins attrayantes que les expositions temporaires qui font le plein. Le maître mot de cette campagne lancée en février 2017 « Une surprise à chaque visite » appuie le fait que l’on peut revenir sans cesse au musée et redécouvrir perpétuellement de nouvelles histoires. La campagne s’est déclinée en affichages et vidéos humoristiques, dont vous trouverez le lien ci-dessous :



Les résultats

De ces trois campagnes, vous pourrez retenir que :
- L’humour est un excellent moyen d’attirer l’attention et de se démarquer ;
- Il ne faut pas hésiter parfois à employer un ton décalé ;
- À bien y regarder l’idée est plus importante que la forme, les visuels d’affiches étant esthétiquement simples et faciles à reproduire. Le site Canva permet largement de les réaliser si vous ne maîtrisez pas Indesign (qui reste tout de même la solution la plus pro).

Comment s’en inspirer ?

Pour réussir une campagne décalée :
- Utilisez vos ressources existantes ;
- Ayez un regard neuf sur vos collections, et pour cela, n'hésitez pas à organiser un groupe de brainstorming ;
avec vos visiteurs, clients ou bénévoles les plus passionnés ;
- Il est nécessaire d’avoir des images en très haute résolution de vos œuvres ou de votre site afin qu’elles
supportent l’agrandissement lors de l’impression ;
- Faites appel à une agence de communication spécialisée ou élaborez un partenariat avec une école ;
- Changez votre manière habituelle de transmettre vos messages ;
- Appuyez-vous sur des références populaires, connues de tous ;
- Appropriez-vous les codes sociaux, les typologies de langage ;
- Testez vos idées auprès de votre entourage et observez leurs réactions ;
- Demandez-vous « à qui s’adresse ma communication ? ».

5/ La campagne de communication la plus révoltée pour promouvoir un projet culturel dans un château


Exposition Egon Schiele Affiche « Désolés, cent ans mais toujours aussi scandaleux aujourd’hui »
réponse censure – Musée Leopold Vienne




Le concept

Parfois, une campagne ne se passe pas comme prévue. Lorsque la ville de Vienne décide de célébrer les 100 ans de la mort d’Egon Schiele disparu en 1918, elle prévoit une opération de communication de grande envergure afin de faire la promotion de l’événement et de l’exposition organisée au Léopold Museum. Seulement, les tableaux sélectionnés pour les affiches « L’Homme assis nu » (1910) et « Fille aux bas oranges » (1914) dérangent à cause de la nudité qu’ils exposent. Les affiches sont même refusées par des villes comme Londres, ou Cologne et Hambourg en Allemagne. Il est demandé à l’Office de tourisme de Vienne de flouter les sexes, ce qu’il refuse absolument de faire. La réponse ne se fait pas attendre, et il est finalement décidé de couvrir les sexes par une bannière blanche sur laquelle on peut lire « Désolés, cent ans, mais toujours trop audacieux aujourd’hui ».

Les résultats

La solution adoptée a finalement fait un buzz inattendu et boosté la campagne. Sur l’affiche, on peut également lire l’hashtag engagé : #DerKunstihreFreiheit signifiant « La liberté de l’art ».

Comment s’en inspirer ?

Si la campagne a eu autant de succès, c’est qu’elle a su utiliser à son avantage ce qui lui était reproché pour valoriser le travail d’Egon Schiele pour faire un argument de communication. Et vous, qu'est-ce qui vous est reproché ? Quels sont les a priori "points faibles" sur lesquels construire votre campagne ?

6/ La campagne de communication la plus engagée pour promouvoir un projet culturel dans un château


« #startdrawing » - le Rijksmuseum



Le concept

Avec sa campagne #startdrawing de fin 2015, le Rijksmuseum, bien connu pour ses talents de communication, invite le visiteur à venir dessiner au musée. La volonté de la campagne est de pousser son public à ralentir et prendre le temps de contempler pour comprendre le beau. Dans une société où tout va trop vite, c’est là une mission essentielle. Or, lorsqu’on dessine, on est forcé de s’attarder, de prendre son temps, d’être attentif. La campagne, portée par les puissants réseaux sociaux du musée, est accompagnée de nombreuses activités organisées au musée.

Les résultats

Pour comprendre la portée de cette initiative originale, il faut savoir qu’au même moment, les musées Belges faisaient scandale pour leur interdiction de dessiner dans les galeries, motif d’expulsion. L’action du Rijksmuseum relève alors d’un discours engagé qui résonne avec l’actualité engendrant ainsi des retombées médiatiques peut-être plus importantes qu’à l’ordinaire. Le musée se positionne ainsi comme un acteur de poids qui entend donner l’exemple.

Comment s’en inspirer ?

Restez attentifs à l’actualité, soyez curieux. Il faut également être capable d’organiser une programmation culturelle, pour cela Hephata vous conseille de :
- Commencer par rédiger une note d’intention, le propos de votre projet ;
- Penser à l’ensemble des sujets que recouvre votre thématique ;
- Définir le ou les publics cibles, ils doivent être au cœur de votre projet ;
- Etablir rapidement un budget ;
- Réfléchir à des partenaires / aux acteurs impliqués ;
- Réaliser des documents de présentation de votre projet ;
- Bien penser votre communication autour de votre projet culturel.

En résumé :

À défaut parfois d’avoir des moyens financiers, on peut néanmoins avoir de bonnes idées. Indubitablement, l’humour reste un vrai bon moyen de se démarquer. La communication peut également se penser en collectif, avec des logiques partenariales présentant bien des avantages pour les monuments moins connus du grand public.

Il faut savoir penser hors des sentiers battus, porter son message de manière décalée ou imaginer des dispositifs vraiment originaux pour faire la différence. L’exemple de l’expérience Léon Vivien et #startdrawing montre qu’il est également important d’impliquer le visiteur au cœur de son action pour créer l’adhésion.

Pour aller plus loin :



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