Les droits de mutation à titre gratuit perçus lors d’une succession se calculent en trois temps : détermination de l’actif net taxable, application d’un abattement personnel selon le lien de parenté, puis application d’un barème progressif allant de 5 % à 60 % (CGI art. 777). Pour un enfant héritant en ligne directe, l’abattement s’élève à 100 000 € par parent.
Vous venez d’apprendre qu’une succession vous concerne, ou vous anticipez celle de vos parents. La question qui revient dans presque tous les dossiers : combien l’administration fiscale va-t-elle prélever, et sur quelle base ? Les termes juridiques utilisés par le notaire, « droits de mutation », « actif successoral », « barème progressif », brouillent souvent la compréhension.
Voici, mise à jour en 2026, la mécanique complète : définitions, calcul pas à pas, barèmes officiels par lien de parenté, exonérations et leviers légaux pour réduire la facture.
🔑 Points clés
- ✓L’abattement en ligne directe est de 100 000 € par parent et par enfant (CGI art. 779).
- ✓Le barème progressif monte jusqu’à 45 % en ligne directe et 60 % pour les non-parents.
- ✓Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession.
- ✓Les donations de son vivant se rechargent tous les 15 ans, principal levier légal de réduction.
Qu’est-ce qu’un droit de mutation en matière de succession ?
Un droit de mutation par décès est l’impôt que l’État français prélève quand un patrimoine change de propriétaire suite à un décès. Il appartient à la catégorie des droits de mutation à titre gratuit (DMTG), qui couvrent aussi bien les successions que les donations. La loi les encadre aux articles 750 ter et suivants du CGI. Cet impôt se calcule sur la part nette revenant à chaque héritier, après déduction des dettes du défunt, non sur la valeur brute de la succession. Le taux varie entièrement selon le lien de parenté : un enfant et un ami légataire n’acquitteront pas les mêmes droits.

Droits de mutation à titre gratuit vs à titre onéreux : ne pas confondre
La confusion la plus fréquente en pratique, on la retrouve dans les dossiers accompagnés chez Hephata (média patrimonial indépendant, hephata.fr), oppose deux réalités très différentes :
- Les droits de mutation à titre gratuit concernent les transmissions sans contrepartie : succession (décès) et donation (de son vivant). C’est l’objet de cet article.
- Les droits de mutation à titre onéreux concernent les transmissions payantes, principalement l’achat d’un bien immobilier. Ce sont les fameux « frais de notaire » d’environ 7 à 8 % du prix d’achat dans l’ancien.
Un héritier qui reçoit un appartement paie donc des droits de mutation à titre gratuit, pas des frais d’acquisition. La logique fiscale et les montants n’ont rien à voir.
Cas concret : Karim, 47 ans, cadre à Toulouse, hérite avec sa sœur d’un appartement estimé 380 000 € au décès de leur père. Chacun reçoit une part nette de 190 000 €. Après l’abattement de 100 000 € en ligne directe, la base taxable est de 90 000 € par enfant, générant environ 16 194 € de droits chacun.
Qui est concerné par les droits de mutation par décès ?
Toute personne recevant un bien à la suite d’un décès, qu’elle soit héritière légale (par le lien du sang ou du mariage) ou légataire (désignée par testament), entre dans le champ d’application des droits de mutation. La documentation officielle des successions précise que la résidence fiscale du défunt et du bénéficiaire, ainsi que la localisation des biens, déterminent la territorialité de l’impôt. Si le défunt était résident fiscal français au jour du décès, la totalité de son patrimoine mondial est en principe soumise aux DMTG français, sauf convention fiscale internationale contraire.
Comment sont calculés les droits de mutation dans une succession ?
Le calcul des droits de succession se déroule en trois phases successives : établir l’actif net taxable, retrancher l’abattement personnel, puis appliquer le barème progressif. Chaque étape réduit la base imposable. Un héritier en ligne directe qui reçoit 250 000 € nets ne paie pas d’impôt sur cette somme entière, mais sur 150 000 € après abattement. Cette base est ensuite divisée en tranches soumises à des taux croissants. Voilà pourquoi deux successions de même montant peuvent produire des impôts différents selon le nombre d’héritiers et leur lien de parenté avec le défunt.
Étape 1 : déterminer l’actif net successoral
L’actif net successoral correspond à la valeur totale des biens du défunt (actif brut) diminuée de ses dettes (passif). L’actif brut regroupe l’immobilier, les comptes bancaires, les placements financiers, les véhicules, les meubles et bijoux, ainsi que les créances. Le passif déductible comprend les emprunts en cours, les impôts dus au jour du décès, les frais funéraires plafonnés à 1 500 €, et certaines dettes justifiées. Cet actif net est ensuite réparti entre les héritiers selon leurs droits légaux ou testamentaires. Chaque part individuelle devient la base de calcul de l’impôt de chacun.
Étape 2 : appliquer l’abattement selon le lien de parenté
L’abattement personnel est une somme déduite de la part nette de chaque héritier avant application du barème. Les montants prévus par le CGI art. 779 sont :
- 100 000 € pour chaque enfant, ascendant ou parent en ligne directe
- 15 932 € pour un frère ou une sœur
- 7 967 € pour un neveu ou une nièce
- 1 594 € pour tout autre héritier sans lien direct
- 159 325 € pour un héritier en situation de handicap (cumulable)
L’abattement s’applique à chaque héritier individuellement, pas globalement à la succession. Deux enfants recevant chacun 100 000 € ne paieront donc aucun droit.
Étape 3 : calculer l’impôt avec le barème progressif
Une fois l’abattement soustrait, la part taxable est découpée en tranches. Le barème progressif en ligne directe (parent-enfant, grand-parent-petit-enfant) est le suivant en 2026 :
| Tranche de part taxable | Taux applicable |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
(Source : CGI art. 777, barème en vigueur 2026)
Exemple concret : Sophie, 42 ans, hérite de sa mère décédée. Sa part nette s’élève à 250 000 €.
Détermination de la base taxable :
- 250 000 € (part nette)
- − 100 000 € (abattement ligne directe)
- = 150 000 € (base taxable)
Calcul du barème progressif :
- 8 072 € × 5 % = 403,60 €
- + (12 109 − 8 072) × 10 % = 403,70 €
- + (15 932 − 12 109) × 15 % = 573,45 €
- + (150 000 − 15 932) × 20 % = 26 813,60 €
- = 28 194 € de droits dus
Sur 250 000 € reçus, Sophie versera donc environ 28 194 € à l’administration fiscale, soit un taux effectif de 11,3 %.
Quel est le montant des droits de mutation selon le lien de parenté ?
Le lien de parenté commande le résultat final. Un enfant qui hérite de 200 000 € verse environ 18 000 € de droits, un frère ou une sœur environ 65 000 €, et un ami désigné par testament près de 120 000 €. Cette disparité traduit la politique du législateur : favoriser la transmission dans la famille directe et taxer plus lourdement les transmissions extérieures. Deux barèmes se superposent : le barème en ligne directe (jusqu’à 45 %) et le barème collatéral et non-parents (35 %, 45 %, 55 % ou 60 %). Identifier votre catégorie d’héritier est la première étape pour estimer vos droits.
Ligne directe : enfants, petits-enfants, parents
La ligne directe regroupe les descendants (enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants) et les ascendants (parents, grands-parents) du défunt. C’est la catégorie fiscalement la plus favorable : abattement de 100 000 € par parent et par enfant, barème progressif de 5 % à 45 %. Les petits-enfants bénéficient d’un abattement personnel de 1 594 € seulement, sauf en cas de représentation d’un parent prédécédé où ils reprennent l’abattement de 100 000 € de leur parent. Cette règle de représentation, souvent méconnue, permet de préserver l’avantage fiscal lorsque la génération intermédiaire est décédée avant le défunt. Pour approfondir les stratégies de transmission d’un logement, consultez notre guide dédié à la transmission immobilière.
Fratrie et collatéraux : frères, sœurs, neveux, nièces
Pour les frères et sœurs, l’abattement tombe à 15 932 € et le barème se simplifie à deux tranches : 35 % jusqu’à 24 430 € de part taxable, puis 45 % au-delà. Les neveux et nièces subissent un abattement encore plus réduit (7 967 €) et un taux fixe de 55 %. Ces chiffres expliquent pourquoi une transmission latérale non anticipée peut absorber plus de la moitié du patrimoine transmis. Dans les dossiers observés, c’est le cas de figure qui provoque la plus grande stupeur des héritiers, souvent découvert au moment de l’ouverture de la succession chez le notaire.
Héritiers sans lien de parenté : taux maximum de 60 %
Un légataire sans lien de parenté avec le défunt (ami, concubin non pacsé, filleul) supporte le taux le plus élevé : 60 % après un abattement symbolique de 1 594 €. Sur un legs de 100 000 €, ce sont donc environ 59 044 € qui reviennent à l’État. Ce taux confiscatoire justifie, pour les couples non mariés et non pacsés, la recherche systématique de solutions alternatives : mariage, PACS, assurance-vie, ou société civile.
| Lien de parenté | Abattement | Taux max |
|---|---|---|
| Conjoint / PACS | Exonération totale | 0 % |
| Enfant / parent | 100 000 € | 45 % |
| Frère / sœur | 15 932 € | 45 % |
| Neveu / nièce | 7 967 € | 55 % |
| Sans lien de parenté | 1 594 € | 60 % |
Quels héritiers sont exonérés de droits de mutation ?
Trois catégories d’héritiers échappent partiellement ou totalement aux droits de succession en France. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficient d’une exonération complète depuis la loi TEPA du 21 août 2007, sans limite de montant ni formalités. Les frères et sœurs peuvent obtenir une exonération s’ils remplissent trois conditions strictes et simultanées. D’autres mécanismes comme l’assurance-vie ou les dons familiaux de sommes d’argent contournent complètement le système des DMTG, sous réserve de respecter des plafonds et des conditions d’âge. Ces leviers constituent le cœur de l’optimisation successorale, tout plan patrimonial doit en tenir compte.
Conjoint survivant et partenaire PACS : exonération totale
Depuis 2007, le conjoint marié et le partenaire lié par un PACS sont totalement exonérés de droits de succession, quelle que soit la valeur du patrimoine transmis. Cette règle explique pourquoi le mariage ou le PACS constitue le premier outil de protection patrimoniale entre partenaires. Attention : le concubin, même de longue date, reste considéré comme un tiers et supporte le taux de 60 %. C’est l’une des décisions patrimoniales à trancher avant 70 ans, tant l’écart fiscal est massif entre concubinage et PACS.
Frères et sœurs : exonération sous conditions strictes
Un frère ou une sœur peut être totalement exonéré de droits de succession si les trois conditions suivantes sont remplies au jour du décès : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé ; être âgé de plus de 50 ans ou atteint d’une infirmité empêchant de travailler ; avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Cette exonération, dite « article 796-0 ter » du CGI, est rare mais précieuse dans les fratries ayant partagé le même toit.
Autres exonérations spécifiques (assurance-vie, dons familiaux)
L’assurance-vie transmet, hors succession civile, un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans. Les dons familiaux de sommes d’argent (CGI art. 790 G) permettent de transmettre jusqu’à 31 865 € tous les 15 ans en franchise, si le donateur a moins de 80 ans et le bénéficiaire plus de 18 ans. Sont également exonérés les monuments historiques ouverts au public sous convention, les œuvres d’art données à l’État, et les réversions de rentes viagères entre parents en ligne directe.
Comment réduire légalement les droits de mutation d’une succession ?
Trois outils légaux permettent de réduire les droits de mutation de manière substantielle : les donations anticipées, le démembrement de propriété et l’assurance-vie. Combinés, ils diminuent l’imposition de 40 à 70 % sur les patrimoines moyens. Leur dénominateur commun : tous demandent une mise en œuvre de votre vivant, si possible avant 70 ans, et de préférence 15 ans avant le décès pour bénéficier du rechargement intégral des abattements. Le piège classique : commencer trop tard. À 75 ans, l’espérance de vie statistique devient insuffisante pour profiter du rechargement complet. Anticiper reste le levier d’économie fiscale numéro un.
Les donations tous les 15 ans pour recharger les abattements
L’abattement de 100 000 € en ligne directe se recharge intégralement tous les 15 ans. Un parent qui donne 100 000 € à son enfant en 2026 pourra transmettre à nouveau 100 000 € en franchise en 2041, puis 100 000 € au décès s’il survient après 2056. Sur trois cycles, ce sont 300 000 € par parent et par enfant qui échappent aux droits, soit 1,2 million d’euros pour un couple avec deux enfants. La chambre des notaires de France publie chaque année les barèmes actualisés applicables. Pour les couples sans descendance directe, la donation entre frère et sœur reste possible, avec un abattement plus modeste de 15 932 €.
Le démembrement de propriété : usufruit et nue-propriété
Le démembrement consiste à séparer la nue-propriété (droit de disposer du bien) de l’usufruit (droit d’usage et de perception des revenus). Les parents peuvent donner la nue-propriété à leurs enfants tout en conservant l’usufruit. Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, selon un barème lié à l’âge de l’usufruitier (CGI art. 669). À 60 ans, la nue-propriété vaut 60 % de la valeur du bien, à 70 ans elle vaut 70 %. Au décès, l’usufruit rejoint automatiquement la nue-propriété sans droits complémentaires. Pour comprendre les subtilités du mécanisme, consultez notre analyse sur les règles de succession en démembrement.
L’assurance-vie : un outil hors succession sous conditions
L’assurance-vie permet de transmettre 152 500 € par bénéficiaire en franchise totale, à condition que les primes aient été versées avant les 70 ans du souscripteur. Au-delà, un prélèvement forfaitaire de 20 % puis 31,25 % s’applique. Après 70 ans, les primes sont soumises aux droits de succession classiques au-delà d’un abattement global de 30 500 € tous bénéficiaires confondus, mais les intérêts et plus-values restent exonérés. Un couple qui souscrit deux contrats et désigne leurs deux enfants comme bénéficiaires peut ainsi transmettre 610 000 € hors droits, en complément des abattements légaux de succession. Selon les données du portail officiel des droits de succession, ce dispositif reste l’outil le plus utilisé en France pour la transmission optimisée de capitaux.
⚠️ Information importante : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil professionnel. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision.
Questions fréquentes
C’est quoi les droits de mutation dans une succession ?
Les droits de mutation dans une succession sont l’impôt prélevé par l’État français sur la valeur du patrimoine transmis au décès d’une personne. Ils portent aussi le nom officiel de droits de mutation à titre gratuit par décès (DMTG). Chaque héritier ou légataire les paie individuellement sur sa part nette, après déduction des dettes du défunt et application d’un abattement personnel lié au lien de parenté. Le taux d’imposition varie de 0 % à 60 % selon la proximité familiale et le montant reçu. Les DMTG sont régis par les articles 750 ter et suivants du CGI et doivent être déclarés dans les six mois suivant le décès (douze mois si le défunt est décédé à l’étranger).
Comment calculer les frais de mutation dans une succession ?
Le calcul s’effectue en trois étapes. Premièrement, déterminez l’actif net revenant à chaque héritier : valeur des biens transmis moins les dettes du défunt et les frais funéraires (plafonnés à 1 500 €). Deuxièmement, soustrayez l’abattement personnel applicable selon votre lien de parenté (100 000 € pour un enfant, 15 932 € pour un frère ou une sœur, etc.). Troisièmement, appliquez le barème progressif par tranches à la base taxable obtenue. Pour un enfant recevant 250 000 €, le calcul donne : 250 000 − 100 000 = 150 000 € taxables, soit environ 28 194 € de droits après application des tranches de 5 %, 10 %, 15 % et 20 %.
Quel est le montant des frais de mutation pour un héritier ?
Le montant dépend entièrement du lien de parenté et de la part nette reçue. Ordres de grandeur pour un héritage de 200 000 € nets : un enfant paiera environ 18 200 € (taux effectif 9 %) ; un frère ou une sœur, environ 65 500 € (taux effectif 33 %) ; un neveu ou une nièce, environ 105 600 € (taux effectif 53 %) ; un héritier sans lien familial, environ 119 000 € (taux effectif 60 %). Ces écarts spectaculaires expliquent l’importance d’anticiper la transmission par donation, démembrement ou assurance-vie, surtout lorsque les héritiers désignés ne sont pas en ligne directe.
Qu’est-ce qu’un droit de mutation à titre gratuit ?
Un droit de mutation à titre gratuit (DMTG) est l’impôt prélevé lors d’une transmission de patrimoine sans contrepartie financière, par opposition aux droits de mutation à titre onéreux qui s’appliquent aux achats (immobilier notamment). Les DMTG couvrent deux situations : les successions (transmission au décès) et les donations (transmission de son vivant). Les règles de calcul, les abattements et les barèmes sont largement communs aux deux régimes, ce qui permet des stratégies articulées entre donations anticipées et transmission au décès. Ce mécanisme est encadré par le titre IV du Code général des impôts.
Ce qu’il faut retenir avant d’agir
Calculez votre situation en trois étapes : évaluez la part nette que vous recevrez, déduisez l’abattement qui vous concerne (100 000 € pour un enfant, 15 932 € pour un frère ou une sœur), puis appliquez le barème officiel par tranches. Cet ordre de grandeur vous permettra d’engager une vraie discussion avec un notaire ou un conseiller en patrimoine.
Si vous êtes en position d’anticiper, pour vous-même ou pour vos parents, activez
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