Si vous ne pouvez pas payer les droits de succession dans le délai légal de 6 mois après le décès (article 1701 du CGI), vous disposez de cinq solutions concrètes : demander un paiement fractionné ou différé à l’administration fiscale, contracter un prêt bancaire successoral, recourir à la dation en paiement, vendre tout ou partie du bien hérité, ou renoncer à la succession dans les 4 mois.
La situation est fréquente. Un héritier reçoit la maison familiale, valorisée 300 000 €, mais ne dispose pas des 20 000 € de droits à régler au fisc. La pression du délai de 6 mois s’ajoute au choc émotionnel, et chaque jour de retard déclenche des pénalités. Bonne nouvelle, le législateur a prévu des dispositifs précis pour éviter le blocage, à condition d’agir vite et de connaître la bonne procédure.
🔑 Points clés
- ✓Délai de paiement 6 mois après le décès, au-delà 0,20 % d’intérêts par mois + majoration de 10 %
- ✓Le fisc accorde un paiement fractionné jusqu’à 3 ans, voire 10 ans si la succession contient au moins 50 % de biens non liquides
- ✓Le paiement différé est possible jusqu’à 6 mois après la réunion de l’usufruit en cas de nue-propriété
- ✓La renonciation reste possible tant que la succession n’est pas acceptée, dans un délai de 10 ans
Sommaire
- 1 Pourquoi ne pas payer les droits de succession est risqué
- 2 Demander un délai de paiement à l’administration fiscale
- 3 Financer les droits de succession par un crédit bancaire
- 4 Cas particulier : hériter d’un bien immobilier sans liquidités
- 5 La dation en paiement : régler les droits avec un bien
- 6 Renoncer à la succession : quand c’est la meilleure option
- 7 Comparatif des solutions pour ne pas bloquer la succession
- 8 Questions fréquentes
- 9 Votre première démarche dans les 30 jours
Pourquoi ne pas payer les droits de succession est risqué
Passé le délai de 6 mois suivant le décès (article 641 du CGI), les droits de succession se transforment en dette fiscale avec pénalités. L’administration facture un intérêt de retard de 0,20 % par mois, ce qui revient à 2,4 % par an, calculé sur ce que vous devez (article 1727 du CGI). S’ajoute une majoration de 10 % au-delà de 6 mois après la mise en demeure. Le fisc ne s’arrête pas là : avis à tiers détenteur, gels de compte bancaire, ou même saisie immobilière sur votre héritage deviennent possibles. D’après l’expérience de Julien Morel, la plupart des blocages naissent d’une inaction durant les 4 premiers mois, alors que des solutions amiables existent.

Les pénalités et intérêts de retard applicables
Le calcul des pénalités suit une mécanique précise. Dès le 7e mois après le décès, le montant des droits non payés est majoré chaque mois de 0,20 %. Si l’administration adresse une mise en demeure et que le paiement n’intervient pas dans les 90 jours, une majoration forfaitaire de 10 % s’ajoute (article 1728 du CGI). En cas de manœuvre frauduleuse caractérisée, la majoration peut atteindre 40 % voire 80 %.
Exemple concret : Claire hérite et doit régler 25 000 € de droits. Elle ne paie qu’au bout de 18 mois après le décès, soit 12 mois de retard.
Intérêts de retard :
- 25 000 € × 0,20 % × 12 mois
- = 600 €
Majoration de 10 % après mise en demeure :
- 25 000 € × 10 %
- = 2 500 €
- Total à payer : 28 100 € au lieu de 25 000 €
Les risques en cas de non-paiement prolongé
Si le retard se prolonge au-delà de 12 mois, l’administration fiscale dispose de pouvoirs étendus. Elle peut inscrire une hypothèque légale du Trésor sur le bien immobilier hérité, ce qui bloque toute vente ultérieure tant que la dette n’est pas soldée. Le notaire chargé du règlement de la succession peut également refuser de délivrer l’attestation de propriété tant que les droits ne sont pas réglés, ce qui paralyse toute mutation. La fiche officielle sur le paiement des droits de succession détaille les obligations déclaratives et les voies de recouvrement.
Demander un délai de paiement à l’administration fiscale
Avant tout, contactez le Service des Impôts des Particuliers (SIP) du domicile du défunt pour demander un délai de paiement. Deux options s’offrent à vous (article 1717 du CGI et article 404 GA de l’annexe III du CGI) : le paiement fractionné vous permet d’étaler les droits sur 1 à 3 ans en versements semestriels égaux, ou le paiement différé si vous avez un bien en démembrement ou un patrimoine surtout composé de biens difficilement liquides. Votre demande écrite, jointe à la déclaration, doit inclure une garantie (hypothèque, caution bancaire, nantissement). L’administration accepte de droit si tout est en ordre ; elle juge seulement la solidité de votre garantie.
Le paiement différé : principe et conditions
Le paiement différé concerne principalement les héritiers en nue-propriété. Le règlement des droits est reporté jusqu’à 6 mois après la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété, c’est-à-dire généralement au décès de l’usufruitier survivant. Pendant cette période, des intérêts au taux légal s’appliquent, mais le nu-propriétaire peut opter pour un calcul des droits sur la valeur en pleine propriété au moment du décès initial, ce qui peut être avantageux. Le BOFiP (bulletin officiel des finances publiques) détaille les modalités précises de ce report.
Le paiement fractionné : combien de mensualités ?
Le paiement fractionné s’étale sur 1 à 3 ans avec versements semestriels, soit 3 à 7 échéances. Lorsque la succession comporte au moins 50 % de biens non liquides (immobilier, parts de société, œuvres d’art), la durée peut être portée à 10 ans. Le taux d’intérêt appliqué est révisé chaque année et tourne autour de 2,4 % à 3 % en 2026, bien inférieur aux taux bancaires actuels.
Cas concret : Stéphane, 52 ans, cadre à Nantes, hérite de la maison familiale estimée à 280 000 € après le décès de son père. Les droits s’élèvent à 18 500 €. Sans épargne disponible, il demande un échelonnement sur 3 ans au SIP : 6 versements semestriels de 3 083 €, intérêts au taux légal de 2,4 %. Surcoût total environ 650 €, soit 30 fois moins qu’un crédit conso classique.
Comment déposer la demande auprès du fisc ?
La demande doit être adressée au SIP dont dépendait le défunt, par lettre recommandée avec accusé de réception, en même temps que le dépôt de la déclaration de succession. Le dossier comprend : la déclaration de succession (formulaire 2705), une lettre motivée expliquant l’impossibilité de payer comptant, une proposition de garantie (le plus souvent une hypothèque sur le bien hérité), et un échéancier prévisionnel. Le comptable public dispose de 2 mois pour répondre, l’absence de réponse vaut acceptation tacite.

Financer les droits de succession par un crédit bancaire
Un prêt bancaire successoral vous offre une autre voie, surtout si le fisc juge vos garanties faibles ou si vous refusez une hypothèque légale. Deux produits existent : le prêt de trésorerie successoral, classique, sur 5 à 15 ans à 4 % à 5,5 % en 2026, et le prêt viager hypothécaire pour les héritiers seniors propriétaires d’un bien. Comptez 4 à 8 semaines pour l’obtenir, d’où l’importance de lancer les démarches dès le 2e mois après le décès afin de respecter votre délai fiscal de 6 mois.
Le prêt de trésorerie successoral
Ce prêt fonctionne comme un crédit à la consommation, mais adossé à la valeur du bien hérité. Les banques exigent généralement un apport personnel de 10 à 20 % et une garantie hypothécaire sur le bien transmis. Pour un héritier en activité avec des revenus stables, le taux d’endettement reste le critère décisif. L’avantage : la trésorerie est versée en une fois, ce qui permet de régler le fisc en un seul virement et d’éviter toute pénalité.
Le prêt viager hypothécaire pour les héritiers seniors
Réservé aux héritiers de plus de 60 ans, le prêt viager hypothécaire permet d’emprunter sans condition de revenus, le remboursement étant assuré par la vente du bien au décès de l’emprunteur. Il finance jusqu’à 15 à 50 % de la valeur du bien hérité, selon l’âge. Coût : taux fixe d’environ 5 à 7 %, capitalisation des intérêts. Cette solution évite à un retraité de vendre dans l’urgence, mais réduit mécaniquement le patrimoine transmis à la génération suivante.
Cas particulier : hériter d’un bien immobilier sans liquidités
Hériter d’une maison ou d’un immeuble sans argent liquide reste le piège classique. Vous êtes riche sur le papier, pauvre en trésorerie. Quatre pistes s’ouvrent à vous : demander un délai fiscal, vendre une part en indivision, louer le bien pour en tirer revenus, ou vendre avant l’échéance des 6 mois. Pour explorer en détail comment optimiser cette situation, consultez notre guide complet sur la transmission immobilière. Le bon choix dépend de votre âge, du nombre d’héritiers et du loyer potentiel du bien.
Hériter en nue-propriété : une fiscalité à anticiper
L’héritier en nue-propriété ne reçoit pas la jouissance immédiate du bien, mais doit néanmoins déclarer la transmission. Les droits sont calculés sur la valeur de la nue-propriété selon le barème fiscal de l’article 669 du CGI, qui dépend de l’âge de l’usufruitier. Si l’usufruitier a entre 61 et 70 ans, la nue-propriété représente 60 % de la pleine propriété. Le paiement différé est alors particulièrement adapté, les droits étant reportés à la réunion de l’usufruit. Le cas du défaut de paiement par un héritier est détaillé par les notaires de Paris.
Vendre le bien ou une quote-part en indivision
Si aucun héritier ne souhaite ni conserver ni racheter la part des autres, la vente du bien reste la solution la plus simple. La règle : tout héritier peut sortir de l’indivision à tout moment (article 815 du Code civil). Si l’un des indivisaires bloque, un partage judiciaire peut être demandé, ce qui prend généralement 12 à 24 mois. Pour accélérer, certains héritiers cèdent leur quote-part à un fonds spécialisé en rachat d’indivision, à un prix décoté de 20 à 35 % par rapport à la valeur vénale.
La dation en paiement : régler les droits avec un bien
La dation en paiement (article 1716 bis du CGI) vous laisse la possibilité de céder à l’État un bien à la place d’un paiement en espèces. C’est un mécanisme rare, soumis à accord ministériel, et limité à des droits au-delà de 10 000 €. Seules certaines catégories entrent en ligne de compte : œuvres d’art, livres anciens, objets de collection, immeubles classés, terrains forestiers à intérêt écologique. La procédure s’étale sur 12 à 24 mois et une commission indépendante évalue votre bien, souvent en dessous de la valeur marchande. Cette voie reste pertinente si vous possédez une œuvre culturelle majeure ou un immeuble historique difficile à vendre.
Quels biens peuvent être remis en dation ?
La liste des biens acceptables est restrictive : œuvres d’art de haute valeur artistique ou historique, livres et manuscrits anciens, objets de collection présentant un intérêt patrimonial, immeubles situés dans certaines zones (Conservatoire du littoral, forêts), ou bois et forêts. La commission interministérielle d’agrément évalue chaque dossier individuellement.
Conditions et procédure de la dation en paiement
La demande est déposée auprès du SIP avec un dossier détaillé : description du bien, expertise, photos, historique. Le dossier remonte au ministère de l’Économie qui statue après avis de la commission. En cas d’acceptation, un acte notarié officialise le transfert de propriété à l’État.
Renoncer à la succession : quand c’est la meilleure option
La renonciation à succession demeure le dernier recours quand les droits dépassent votre part d’héritage ou que le défunt vous laisse plus de dettes que d’actifs. Déclarer votre renonciation vous place légalement comme si vous n’aviez jamais hérité (article 805 du Code civil), donc vous n’acquittez aucun droit. Faites cette déclaration auprès du tribunal judiciaire du lieu d’ouverture, ou chez un notaire depuis 2017. Vous avez 10 ans pour vous décider, mais vos cohéritiers peuvent exiger votre réponse en 4 mois.
Dans quels cas renoncer à la succession ?
La renonciation est pertinente dans trois situations : passif successoral supérieur à l’actif, droits de succession disproportionnés sans liquidités pour les régler, ou volonté de transmettre directement la part aux descendants par le mécanisme de la représentation. Avant de renoncer, il faut faire établir un inventaire notarié pour mesurer précisément l’actif et le passif. Attention : la renonciation est irrévocable une fois acceptée par les cohéritiers ou les créanciers.
Conséquences de la renonciation sur les autres héritiers
La part du renonçant accroît celle des autres héritiers du même degré, ou descend à ses propres descendants par représentation. Si tous les héritiers renoncent et qu’il n’y a pas de descendants, la succession revient à l’État, qui devra alors régler les dettes dans la limite de l’actif recueilli.
Comparatif des solutions pour ne pas bloquer la succession
Chaque solution répond à un profil et à un contexte différents. Le tableau ci-dessous synthétise les 5 dispositifs légaux avec leur délai de mise en œuvre, le coût estimé et leurs principales contraintes.
| Solution | Délai | Coût | Avantages / limites |
|---|---|---|---|
| Délai fiscal fractionné | 2 mois pour obtenir l’accord, étalement 3 à 10 ans | 2,4 % d’intérêts/an | Solution la moins chère, exige une garantie hypothécaire |
| Prêt bancaire | 4 à 8 semaines | 4 à 5,5 % par an | Trésorerie immédiate, conditions d’endettement strictes |
| Dation en paiement | 12 à 24 mois | Valeur du bien décotée 5 à 15 % | Réservée aux biens d’intérêt patrimonial, agrément ministériel |
| Vente du bien hérité | 3 à 6 mois | Frais d’agence 4 à 6 % | Solution rapide, accord nécessaire de tous les indivisaires |
| Renonciation | Quelques jours au tribunal ou chez le notaire | Frais d’acte ≈ 200 € | Aucun droit à payer, perte définitive de l’héritage |
(Sources : CGI art. 1717, art. 1716 bis, art. 805 Code civil, données 2026)
⚠️ Information importante : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil professionnel. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision.
Questions fréquentes
Que faire si je refuse de payer les droits de succession ?
Refuser de payer les droits de succession n’est pas une option viable, l’administration fiscale dispose de pouvoirs de recouvrement forcé (hypothèque légale, saisie sur compte, saisie immobilière). La seule manière légale de ne pas payer est de renoncer à la succession dans son ensemble, devant le tribunal judiciaire ou un notaire. Cette renonciation doit intervenir avant toute acceptation tacite (vente d’un bien, encaissement d’un loyer). En revanche, si vous acceptez l’héritage mais ne pouvez pas payer immédiatement, il faut négocier un délai avec le SIP, pas refuser de payer.
Peut-on faire un prêt pour payer les droits de succession ?
Oui, plusieurs banques proposent un prêt de trésorerie successoral ou un prêt viager hypothécaire spécifiquement conçu pour régler les droits. Les taux en 2026 oscillent entre 4 % et 5,5 % sur 5 à 15 ans. La banque exige généralement une garantie hypothécaire sur le bien hérité et examine le taux d’endettement global du demandeur. Le délai d’obtention est de 4 à 8 semaines. Pour les héritiers seniors propriétaires d’un bien, le prêt viager hypothécaire fonctionne sans condition de revenus mais capitalise les intérêts jusqu’au décès.
Que faire pour ne pas payer de droits de succession ?
Pour ne pas payer de droits de succession, trois leviers légaux existent : anticiper la transmission par des donations bénéficiant d’abattements (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans), structurer le patrimoine (assurance-vie, démembrement, SCI familiale) avant le décès, ou renoncer à la succession au moment du décès. Une fois le décès survenu, les marges de manœuvre se limitent à la renonciation, au délai fractionné et à la dation en paiement, le montant des droits étant figé par la valeur du patrimoine au jour du décès.
Quelles sont les pénalités si je ne paie pas les droits de succession dans les délais ?
Les pénalités cumulent un intérêt de retard de 0,20 % par mois (soit 2,4 % par an) calculé sur le montant dû dès le 7e mois après le décès, et une majoration de 10 % si le retard se prolonge après une mise en demeure. Pour un montant de 30 000 € de droits avec 12 mois de retard, le surcoût atteint environ 3 720 €. En cas de manquement délibéré, la majoration peut grimper à 40 %, voire 80 % pour manœuvre frauduleuse. L’administration peut aussi inscrire une hypothèque légale et engager des saisies.
Votre première démarche dans les 30 jours
Si vous ne pouvez pas payer les droits de succession, contactez sans attendre le Service des Impôts des Particuliers (SIP) du domicile du défunt et déposez une demande écrite de paiement fractionné ou différé avant l’expiration du délai de 6 mois. Joignez votre déclaration de succession, une lettre motivée et une proposition de garantie hypothécaire. En parallèle, consultez un notaire pour évaluer la pertinence d’une dation en paiement ou d’une renonciation si les droits dépassent l’actif disponible. Chaque mois compte, le coût d’une inaction se chiffre rapidement en milliers d’euros de pénalités.
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