Comment organiser une reconstitution historique dans un château ?

Introduction

En matière d’évènements de grande ampleur, la reconstitution historique sied tout particulièrement aux châteaux et sites d’exception, chargés d’histoire et porteurs d’une identité territoriale marquée. Se lancer dans la valorisation de son patrimoine en développant ce type de projet c’est à la fois attirer des mécènes qui partagent ses valeurs et produire des externalités positives sur l’ensemble du territoire.

Nous avons rencontré Bertrand Bailleul, délégué régional de la Fédération Patrimoine Environnement, qui est à l’initiative de la création du Camp de Vaussieux, dans le Bessin.

L’important à retenir dans cet article :

– La reconstitution historique permet de fédérer une multiplicité d’acteurs locaux et de mécènes autour d’un projet porteur de valeurs communes ;

– Le choix d’un thème fort et unique est essentiel afin de construire son évènement historique ;

– L’appui sur un ensemble d’acteurs locaux (financeurs, bénévoles, médiateurs) est nécessaire pour développer son projet de reconstitution historique ;

– La recherche de financements et la communication sont des points essentiels dans l’élaboration de son projet.

Focus sur la reconstitution historique au Camp de Vaussieux

En 2017, cinq passionnés d’Histoire et de la Normandie fondent l’association Un Nouveau Monde dans l’idée de faire connaître et revivre le patrimoine historique et militaire du XVIIIe siècle dans le Bessin. Parmi les diverses manifestations organisées par l’association, il en est une qui ne passe pas inaperçue. Des troupes de soldats tirent à l’artillerie, la cavalerie fonce vers leurs ennemis (comédiens), le tout au son des tambours et dans une clameur générale ! Pour un ticket d’entrée à 3 €, les visiteurs sont totalement plongés dans un univers haut en couleurs.

La reconstitution au Château de Vaussieux commémore un épisode de l’histoire commune des États-Unis et de la France et vise à faire connaître une histoire peu connue de la population locale. Plutôt que de reconstituer des thèmes phares de la Normandie (les Anglais, Guillaume le Conquérant, le débarquement), Un Nouveau Monde a choisi un thème tout à fait singulier et authentique.

L’évènement régional est rendu possible par la participation des bénévoles. Ce n’est pas moins d’une centaine de militaires et environ 80 civils qui sont impliqués dans la reconstitution. Nombreuses sont les associations qui soutiennent l’événement comme Un Nouveau Monde, la société des “Sons of the American Revolution”, Les Amis du musée du Baron Gérard, Patrimoine rural et Société des arts et des sciences de Bayeux. Les instances locales (la région, le département, les intercommunalités) soutiennent également le projet financièrement par des aides de 500 à 5.000 €.

La reconstitution du Camp de Vaussieux est un projet unique qui participe au rayonnement territorial.

1. Le choix d’un thème unique : une clef pour développer un projet innovant à fort impact

Pour que le projet soit viable, il est nécessaire de cibler un thème qui soit original et singulier. Ce thème est la clé de l’élaboration d’un projet de reconstitution.

La reconstitution du Camp de Vaussieux est centrée autour d’un évènement précis d’août 1778. Il s’agit de l’entraînement de troupes militaires françaises au Camp de Vaussieux avant leur envoi en Amérique. Elles allaient ensuite soutenir la guerre d’indépendance des futurs États-Unis contre l’Angleterre.

En Alsace, le château de Lichtenberg a accueilli en 2018 une reconstitution de la vie quotidienne des soldats entre 1940 et 1945. Le thème de la reconstitution a été choisi pour son originalité et son rapport direct avec l’histoire du château. Situé non loin de la frontière avec le territoire allemand, le château alors en ruines, était au plus près du théâtre de la guerre. Pendant cette période, il a été investi par les habitants du village de Lichtenberg et par quelques soldats.

Ces choix de thème ont permis à ces deux châteaux de rayonner sur leurs territoires respectifs en développant leur attractivité et en faisant travailler de multiples acteurs locaux (bénévoles, annonceurs, associations, costumiers, équipementiers). Par ailleurs, l’annualité de l’évènement permet de renforcer l’attractivité du site.

2. Sur quels financements s’appuyer ?

L’organisation d’une reconstitution est coûteuse matériellement et financièrement étant donné qu’il faut prévoir des costumes et accessoires d’époque pour les figurants, agencer le lieu avec des stands éphémères, des affichages, des outils prévus pour les activités sur le site (ateliers, démonstrations) en plus de divers équipements (électriques, sonores, de sécurité, publicité).

A titre d’exemple, la reconstitution du Camp de Vaussieux a nécessité entre 60.000 et 80.000 €. Le coût d’un seul costume de paysan s’élevait déjà à 200 € !

S’il est possible de s’appuyer sur de nombreux bénévoles, il faut toutefois prévoir des soutiens financiers. Un tel évènement est aussi un moyen d’attirer des mécènes.

Des financements dédiés aux territoires 

Une première solution efficace est de s’adresser aux acteurs qui financent directement les initiatives des territoires :

Régions et départements à travers des appels à projet ou des demandes de subventions.

L’Union Européenne à travers les aides du FEADER et le projet LEADER.

Pour la reconstitution du Camp de Vaussieux, l’association Un Nouveau Monde a sollicité les fonds européens. Ces fonds cofinancent des projets qui participent au développement des zones rurales et disposent d’une stratégie de développement du territoire. L’association s’est également appuyée sur des aides diverses provenant de la région, du département et des intercommunalités.

Des financements locaux

Les demandes de financement auprès des acteurs locaux (administrations, associations et particuliers) sont un mode de financement particulièrement adapté pour les projets de reconstitutions historiques. En raison du caractère local, les meilleurs soutiens sont en effet ceux qui se sentent concernés par un tel projet. La création d’une identité locale forte est vectrice de participations financières.

La reconstitution au château de Lassay en Mayenne consistait en une recréation de l’ambiance Second Empire en 2019. Elle a notamment pu avoir lieu grâce à l’association des Amis du château de Lassay et les comédiens de l’association Virges Armes. Avec un succès qui a été au rendez-vous, l’association s’est lancée dans l’élaboration d’une prochaine reconstitution.

Des financements participatifs en complément

Comme dans le cas de la reconstitution historique au Château de Vaussieux, le crowdfunding est une solution à adopter en complément des financements principaux. Il s’agit de faire appel à la générosité de particuliers, futurs visiteurs ou curieux par le biais de plateformes tel que Commeon ou Dartagnans.

Ils ont par exemple permis de lever près de 3 000 € supplémentaires pour la réalisation du Camp de Vaussieux, un complément non négligeable.

3. Un ancrage local qui bénéficie au site et au territoire

Les exemples de reconstitutions historiques dans des châteaux le montrent, l’ancrage dans le territoire est primordial avant et pendant le développement du projet. C’est la mobilisation des acteurs locaux qui participent largement du succès de l’évènement. Elle génère recettes, notoriété du lieu et externalités positives sur le territoire.

S’appuyer sur un réseau d’acteurs locaux

Les acteurs locaux représentent un réseau solide sur lequel il est pertinent de s’appuyer. Ils peuvent intervenir à l’échelle du financement comme à celle de la participation au projet (dons matériels et humains). Les bénévoles ont en effet participé à toutes les étapes de la reconstitution. Ils sont intervenus du montage du site à la tenue des stands en passant par la participation en tant qu’acteurs et la réalisation des costumes et accessoires.

Dans le cas du Camp de Vaussieux, l’association Un Nouveau Monde a fait appel à de nombreux acteurs locaux :

– Bénévoles comédiens, techniciens (pour le son et la lumière), personnels d’accueil

– Associations donatrices

– Collectivités territoriales et entreprises partenaires

– Les propriétaires du château de Vaussieux

Lors de la reconstitution militaire au château de Breteuil qui traversait l’histoire de France par le XIIIe siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale en 2020, la participation de nombreux figurants de la région relève du même mode de gestion locale de l’évènement.

Miser sur la communication pour attirer visiteurs et financeurs

Après l’élaboration du projet de reconstitution, il est essentiel de penser à la communication de l’évènement (publicités locales, communication digitale). Cette communication doit avoir lieu avant le lancement du projet mais également après que la reconstitution ait eu lieu. Cela permet d’attirer visiteurs et futurs soutiens, financiers ou matériels, qui pourront participer au développement et à la valorisation futurs du site.

Il est nécessaire de miser d’abord sur la publicité ultralocale. Le public privilégié est en effet majoritairement issu des territoires très proches de l’évènement.

L’équipe du Camp de Vaussieux s’est d’abord appuyée sur la presse locale (Ouest France, Le Bessin libre, La renaissance du Bessin). Par la suite, le tractage et le bouche à oreille ont été indispensables. Pour le tractage, il a fallu éditer des documents publicitaires.

Quelques conseils pour se lancer dans l’aventure

Prendre conseil auprès des personnes réalisant des reconstitutions historiques, de préférence sur un thème proche du sien. Se rapprocher par exemple de la Fédération française des fêtes et spectacles historiques

Mobiliser au minimum une centaine de personnes sur un projet de ce type

– Se rapprocher des associations des Amis de… monuments, musées, etc.

Prendre de l’avance pour développer son projet, d’un à deux ans.

En savoir plus :

Le fond LEADER

Lancer des activités dans un site historique

Quelles associations autour des monuments historiques ?

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Installer une structure éphémère à proximité de son château : cadre juridique et formalités administratives

L’important à retenir dans cet article :

Beaucoup de propriétaires de châteaux, protégés ou non, cherchent à diversifier leurs revenus par l’accueil d’évènements (séminaires, soirées de gala, mariages etc.). Mais il est souvent difficile de recevoir de tels évènements dans des lieux historiques. Les questions de normes ERP, de superficie des espaces, de chauffage, de nuisances sonores et visuelles viennent complexifier la tâche.

L’orangerie éphémère peut donc apparaître comme une solution pour recevoir de grands évènements toute l’année sans abîmer le mobilier d’époque.

Mais loin, d’être facile, l’installation d’une orangerie éphémère implique de nombreuses démarches. Cet article permettre d’y voir plus clair sur : 

– Les formalités administratives relatives à l’installation des structures éphémères

– La soumission des structures éphémères à la réglementation des CTS

– Les particularités liées à la protection du monument ou de la zone dans laquelle il se situe

– Les tarifs et revenus espérés ainsi que les acteurs spécialisés dans leur installation

Introduction

Le droit de l’urbanisme français est assez récent. Il a connu un développement incroyable tout au long du XXème siècle avec un accroissement formidable de textes législatifs. La loi Cornudet du 14 mars 1919 entame une planification de l’organisation urbaine. Avant cette loi, seuls la voirie, l’organisation communale, l’alignement ou les procédures d’expropriation étaient réglementés. Aujourd’hui les textes législatifs et réglementaires relatifs à l’urbanisme sont tellement nombreux qu’il est difficile de s’y retrouver.

En outre, l’urbanisme éphémère prend une place de plus en plus importante. Désormais on construit puis on démonte très facilement. C’est une aubaine pour les monuments historiques qui ne peuvent pas construire comme ils le souhaitent. Quelles sont les règles qui s’appliquent en matière de structures éphémères ?

1. Les formalités administratives relatives à l’installation de structures éphémères

a) La règle : toutes les constructions sont soumises à permis de construire (PC)

L’article L. 421-1 du code de l’Urbanisme soumet toutes les constructions, y compris celles qui n’ont pas de fondation, au permis de construire : « quiconque désire entreprendre ou implanter une construction à usage d’habitation ou non, même ne comportant pas de fondations, doit, au préalable, obtenir un permis de construire. Cette obligation s’impose aux services publics et concessionnaires de services publics de l’État, des départements et des communes comme aux personnes privées. »

La demande de PC ne peut être instruite (article 3 de la loi n. 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture) que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation de construire a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural.

Le projet architectural doit définir, par des plans et des documents écrits, l’implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation, l’expression de leur volume, le choix des matériaux et des couleurs.

En outre, pour les immeubles de grande hauteur ou les établissements recevant du public (ERP), le permis de construire ne peut être délivré que si les constructions ou les travaux projetés sont conformes aux règles de sécurité propres à cet type d’immeubles ou d’établissements.

Cette règle concerne tous les locaux, qu’ils soient ou non à usage d’habitation.

b) Les exceptions : les constructions non soumises à PC

Ouvrages exemptés

Au regard des articles R.422-1 et R.422-2 du code de l’urbanisme, certains ouvrages devraient être soumis à PC mais en sont exemptés par mesure de simplification. Ils sont alors soumis à la procédure de déclaration préalable de travaux.

Ouvrages exclus

Au regard de l’article L. 421-1 alinéa 3 et alinéa 4 du code de l’urbanisme, certains ouvrages ne sont pas soumis à PC parce qu’un texte particulier en a spécifiquement décidé ou une autre législation en assure le contrôle.

D’autres ouvrages, que l’on appelle parfois « ouvrages atypiques » ne sont pas soumis à PC parce qu’ils ne peuvent être qualifiés de constructions au sens du code en raison de leur nature ou leurs très faibles dimensions.

une conception restrictive DE LA JURISPRUDENCE

L’appréciation des critères de « nature » et de « faibles dimensions » est néanmoins très subjective. On note d’ailleurs une absence de doctrine stable. Il appartient donc au juge de décider. Ainsi, la nature des matériaux, le caractère démontable ou le caractère saisonnier d’une installation ne peuvent, à eux seuls, écarter l’application du PC. En revanche, l’installation et le raccordement aux réseaux sont des critères suffisants pour déterminer le champ d’application du permis de construire.

CE, 24 juillet 1987, ville de Lyon : un chapiteau pouvant accueillir 8 000 personnes assises, solidement ancré au sol et bénéficiant d’importantes installations sanitaires et techniques, constitue une construction soumise à PC, en dépit « du caractère en principe temporaire de son implantation ».

CE, 9 janvier 1991, M. Selier : une crêperie sous tente démontable installée tous les ans pour les cinq mois de la saison balnéaire est soumise à PC au regard de ses conditions d’alimentation aux réseaux d’assainissement, d’eau et d’énergie. 

Nb : le critère de l’implantation

Est considérée provisoire toute structure installée en l’absence de fixation durable sur le terrain. Une simple autorisation préalable est demandée si l’installation ne dépasse pas 20 m² et si la durée d’implantation ne dépasse pas trois mois.

Au-delà de ces critères, l’implantation est donc considérée comme permanente. Il faut alors vérifier le critère « surface / hauteur » qui soumet ou non à PC.

Dans les périmètres des monuments historiques, le délai est raccourci à un mois. Il est néanmoins possible de demander des dérogations à la DRAC.

Cas particuliers

Les cabanes en bois

Elles nécessitent une simple déclaration de travaux lorsque la surface de plancher est inférieure ou égale à 5 m² et la hauteur sous toit est supérieure à 12 mètres. Il en est de même lorsque la surface de plancher est comprise entre 5 et 20 m² et la hauteur est inférieure à 12 mètres.

Les mobile home

Privé de ses roues, il est requalifié en habitation légère de loisirs, car il a perdu sa mobilité à considéré comme une construction légère, et soumis au droit des constructions. Si l’implantation dure moins de 3 mois/ an, aucune formalité n’est nécessaire. En revanche, il est interdit d’y loger et le mobile home doit conserver ses moyens de traction.

Si l’implantation dure plus de 3 mois/ an, une déclaration préalable est nécessaire pour une surface au sol de moins de 20 m² (R. 421-23). Pour une surface au sol de plus de 20 m², il faudra un permis de construire (R. 421-14).

Les yourtes et tipis

La réglementation applicable en matière d’urbanisme dépend des équipements dont la structure est pourvue. Si elle est non équipée, la structure est qualifiée de tente. Il faut une déclaration préalable dès que la surface hors œuvre nette (Shon) dépasse 35 m²

En revanche, si elle dispose d’équipements intérieurs (blocs cuisine ou sanitaires), la structure est qualifiée d’habitation légère de loisirs et relève du droit commun des constructions.

2. Les particularités liées à la protection des monuments

Lorsque on dépose d’un permis de construire à proximité d’un classement (le périmètre des abords), le dossier est déposé directement chez l’architecte des bâtiments de France (ABF). En dehors de ce périmètre, le dossier est déposé uniquement chez le service d’urbanisme de la mairie.

Pour les sites protégés comme le Mont-Saint-Michel où, en plus du bâti, l’environnement est classé, la demande de permis est examinée par le ministère de la culture.

Si le projet se situe dans une zone protégée, il y a un fort risque de blocage au niveau du service d’urbanisme. Il est donc nécessaire de présenter un plan de sauvegarde de la faune et de la flore. L’idée est de prouver comment votre projet inclue le passage des animaux et ne détruit pas la flore. Ce travail revient à l’architecte.

Château de Farcheville (Essonne)

Si le domaine comporte des zones classées, des protégées, ou sans protection, il n’est pas toujours aisé de savoir où implanter la structure. Aussi, pour savoir dans quelle zone le projet a le droit d’être installé, il est conseillé de consulter le site atlas.patrimoine.culture.fr.

S’il s’agit d’une zone naturelle, les contraintes proviennent alors du PLU (plan local d’urbanisme). Il est possible de le retrouver sur le site internet de sa mairie ou directement sur place.

a) Protection au titres des abords – le rôle de l’ABF

La protection au titre des abords s’applique aux immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou contribuent à sa conservation ou à sa mise en valeur.

La protection au titre des abords est une servitude d’utilité publique. Son but est de protéger, conserver et mettre en valeur le patrimoine culturel. Les travaux susceptibles de modifier l’aspect extérieur d’un immeuble protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable nécessitant l’accord de l’ABF.

Dans les périmètres délimités des abords, tous les travaux sur les immeubles protégés sont soumis à l’accord de l’ABF.

À défaut de périmètre délimité, seuls les travaux sur les immeubles situés dans le champ de visibilité d’un monument historique, à moins de 500 mètres de celui-ci, sont soumis à l’accord de l’ABF.

L’ABF s’assure que les travaux ne portent pas atteinte au monument historique ou à ses abords. Il s’assure également du respect de l’intérêt public attaché au patrimoine, à l’architecture, au paysage naturel ou urbain. Il contrôle la qualité des constructions et leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant.

Les travaux en abords des monuments historiques et dans les sites patrimoniaux remarquables relèvent du même régime d’autorisation de travaux.

conseils

Dans un premier temps, il est conseillé de se fixer une enveloppe budgétaire concernant l’implantation de la structure éphémère. Ensuite, il est vivement conseillé de se rapprocher d’un architecte qui fera toutes les demandes auprès de l’ABF. Dans bien des cas, ce-dernier préfère discuter avec un architecte plutôt qu’un propriétaire.

En outre, il est particulièrement bien vu de contacter l’ABF en amont du projet et de l’associer à la démarche. Et pourquoi ne pas le faire venir ? Beaucoup d’ABF sont sensibles à ce geste. Ensuite, il est indispensable de présenter le projet de manière architecturale. Seront notamment regardés l’esthétique du projet, le respect du patrimoine et de l’histoire du lieu. En outre, il est nécessaire d’être exigent au niveau de l’aménagement. Certains ABF sont d’ailleurs très ouverts au développement économique des lieux historiques.

Ensuite enfin, il sera possible de déposer le PC auprès de la commune.

Certains acteurs professionnels comme l’Orangerie Éphémère gèrent toute la partie administrative : dépôt de permis etc.

L’Orangerie Éphémère

b) Procédures et délais d’instruction des travaux

Les procédures et délais d’instruction des autorisations de travaux ont été harmonisés par la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. Toute demande d’autorisation de travaux doit être déposée à la mairie de la commune où sont projetés les travaux. Les délais d’instruction des dossiers de demande d’autorisation de travaux sont de deux mois pour les déclarations préalables. Elles sont de quatre mois pour les permis de construire, autres que maisons individuelles.

Le délai à disposition de l’ABF pour donner son accord est de 1 mois pour les déclarations préalables et de 2 mois pour tous les permis. Son accord peut être assorti de prescriptions afin que le projet ne porte pas atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du monument historique ou des abords.

À défaut d’accord de l’ABF, la demande d’autorisation de travaux ne peut être accordée. Néanmoins, un recours contre le refus de l’ABF peut être exercé par les demandeurs ou l’autorité compétente chargée de délivrer l’autorisation de travaux (commune ou intercommunalité généralement).

Si l’ABF participe à l’instruction des demandes d’autorisation de travaux, il tient également un rôle prépondérant en amont de la réalisation des projets. Il peut être à ce titre consulté sur un avant-projet et formuler des observations qui permettront aux demandeurs d’adapter leur projet en fonction des enjeux patrimoniaux.

3. La réglementation des CTS

Cette réglementation concerne les « Chapiteaux, Tentes, Structures » qui relèvent de la législation de l’Arrêté du 23/01/85. Il s’agit d’une réglementation spécifique qui affranchit de toute réglementation sismique, thermique applicable au bâtiments en dur.

Les structures éphémères de plus de 50m² pouvant recevoir plus de 50 personnes sont réglementées par la réglementation des « Établissements Recevant du Public type CTS ». Les normes de sécurité CTS s’appliquent pour toutes les structures qui accueillent des convives mais qui ne sont pas considérées comme des constructions.

Les orangeries éphémère relèvent de cette réglementation. Il convient donc déposer un permis de construire de type CTS. On considère qu’il s’agit d’une salle de réception nomade (même si ce n’est pas le cas) car facilement démontable.

Les ateliers Delattre
FOCUS : le registre de sécurité

Chaque propriétaire d’une structure type CTS de plus de 50 m² et pouvant accueillir au moins 50 personnes,  doit tenir à jour un registre de sécurité propre à sa structure. Le registre de sécurité d’une structure représente d’ailleurs la preuve de la réalisation de la procédure d’homologation par la Préfet.

Ce document comporte : 

– L’attestation de conformité (Article CTS 3)

– Une partie qui concerne l’exploitation et qui se doit d’être tenue à jour par le propriétaire

– Le plan de base et une photographie de la structure (avec les extensions)

Si la structure est concernée par ce registre de sécurité, il convient de déposer son dossier de demande de conformité auprès de la Préfecture de son département.

4. Tarifs et revenus espérés

Plus la tente est grande moins son installation est coûteuse. Une tente de 500 m² coûte aux alentours de 500€/ m² (hors aménagement intérieur).

Avec une orangerie, on peut espérer accueillir entre 15 et 25 évènements d’entreprise/ an et entre 15 et 50 mariages/ an (à partir de 2 500€/ mariage).

Conseils

Pour garantir une bonne commercialisation de sa structure éphémère, il faut l’inaugurer en invitant les parties prenantes locales et les agences évènementielles. En outre, communiquer dans la presse locale et auprès des acteurs spécialisés (wedding planner, traiteurs) est recommandé.

Conclusion

Installer des constructions éphémères nécessite d’être très au clair sur la réglementation qui leur est applicable. Pour les orangeries éphémères, il faut rester vigilent sur le permis de construire et prouver aux ABF que le projet ne dénature pas le site mais, qu’au contraire, il le valorise.

Lorsque l’installation n’est pas soumise à PC ou à déclaration de travaux (code de l’urbanisme), elle peut néanmoins être soumise à d’autres autorisations comme celles liées à l’occupation du domaine public, à l’équipement commercial, aux sites et monuments protégés ou au respect des normes de sécurité et d’accessibilité du public. C’est au maître d’ouvrage d’obtenir les autorisations nécessaires.

A vous de jouer ! Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à nous écrire : contact@hephata.fr

Pour aller plus loin

La réglementation ERP dans les MH

Idées pour rentabiliser un monument historique

Recevoir du public dans les jardins classés

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Les acteurs du patrimoine : la gestion. Troisième et dernier volet du « Guide pratique pour savoir vers qui se tourner ».

Introduction

Dans l’article Les acteurs du patrimoine : le financement, ont été présentés les acteurs spécialisés dans le financement de projets autour du patrimoine (restauration, développement d’activités etc.). Dans cette troisième partie, retrouvez les acteurs spécialisés dans la gestion de lieux. Certains acteurs se sont développés dans le but exclusif de valoriser le patrimoine en articulant leurs actions autour de la culture et de l’événementiel. Conscients des enjeux actuels que le patrimoine implique, ils cherchent à apporter des outils de réponses innovants pour permettre au patrimoine de prendre le virage de la modernité. Ils apportent un nouveau regard sur le monde du tourisme et favorisent l’accès au numérique au sein des visites.

Cet article permettra de mieux connaître les différents acteurs du marché :

– Les entreprises qui proposent leurs compétences logistiques

– Les acteurs qui agissent en qualité de médiateur culturel

– Ceux qui proposent des outils innovants pour faciliter la gestion des sites ouverts au grand public

– Les distributeurs de lieux qui proposent des lieux d’exception comme une sorte d’Airbnb de luxe

1. Les acteurs qui proposent leurs compétences logistiques

Les acteurs dits « gestionnaires » s’occupent de la gestion des monuments. Ils peuvent conseiller sur des projets de développement d’activités (visites, évènementiel, hôtellerie), assurer la commercialisation et la communication des lieux ou encore gérer l’opérationnel (accueil des visiteurs ou des hôtes, billetterie).  

a) Château Expérience : l’apport de solution de gestion de séjours grâce aux outils digitaux

Jeune entreprise, Château Expérience accompagne les propriétaires dans le développement économique de leur château sur trois aspects concrets :

– La définition d’un projet d’activités : mariage, séminaire, tournage, chambres d’hôtes…

– La commercialisation de l’offre

– L’accompagnements dans la mise en place d’une solution opérationnelle grâce à la mise à disposition d’outils digitaux

L’objectif principal est de permettre aux propriétaires de trouver une solution de gestion de séjours pour leur château.​ 

b) Pierres d’Histoire : le sauvetage de maisons historiques à l’abandon par des séjours d’exception

Pierres d’Histoire s’inspire du modèle des manoirs sauvés et gérés par le Landmark Trust au Royaume-Uni. Sa mission est de « sauver des maisons historiques à l’abandon, de leur redonner vie et d’en faire des lieux d’exception accessibles, alliant confort, élégance et modernité ». Aussi, l’entreprise accueille ses hôtes pour des séjours en pleine nature, dans une atmosphère « comme à la maison » où l’âme des lieux est respectée. En outre, son objectif est d’offrir des expériences uniques.

c) Alfran : du conseil à la gestion de site en passant par la communication touristique

Créé en 2003, Alfran se définit comme le « partenaire de votre développement touristique ». En outre, l’entreprise accompagne les propriétaires privés et publics dans deux principaux domaines. Sa première proposition est la gestion de site. Alfran construit un projet de valorisation du site, met en place un système d’exploitation adapté au besoin du propriétaire puis installe ses équipes.

Sa deuxième mission repose sur la communication touristique. L’entreprise compte plus de 2 500 meubles d’information touristique, en particulier dans le Grand Ouest. Elle s’occupe de la diffusion de brochures, de l’affichages au coeur des villes, du flocage de véhicules de diffusion, etc.

d) Tous au château : une initiative familiale qui propose des solutions de gestion touristique

Certains gestionnaires de lieux sont issus d’une même initiative familiale comme par exemple la famille Guyot avec Tous au Château.

Créée en 2014 par Lancelot Guyot, Tous au Château propose des solutions de gestions touristiques sur mesure à destination des propriétaires privés ou publics. La société fonde une partie de sa stratégie sur des économies d’échelles concernant les coûts incontournables de tout site touristique. Elle propose donc à d’autres sites d’en bénéficier par le biais de commandes groupées.  

e) Chateauform’ : l’accueil de séminaires d’entreprise « comme à la maison »

Châteauform’ voit le jour en 1996 avec l’ouverture d’une propriété familiale, transformée comme une maison d’amis pour l’accueil de séminaires et d’évènements d’entreprise. Un couple d’hôtes vit sur place et accueille chaque événement en lui apportant une note chaleureuse.

L’entreprise rachète des châteaux, demeures historiques, hôtels particuliers ou les prend en gestion pour permettre aux entreprises de se retrouver en dehors de ses bureaux. Mais attention, les sites historiques sont entièrement remodulés et, bien souvent, l’âme des lieux en est dénaturée au profit de la fonctionnalité des espaces.

2. Les acteurs qui agissent en qualité de médiateur culturel

a) Kléber Roussillon : la création de muséographies vivantes et d’offres complètes pour valoriser le patrimoine culturel ouvert au grand public

Kléber Rossillon est une société créée en 1995 autour de quatre axes :

  1. La valorisation du patrimoine culturel
  2. L’accueil de tous les publics
  3. La mise à disposition de services en plus de l’offre de visite
  4. La proposition d’une politique marketing et de commercialisation

La société prend en gestion des lieux culturels et touristiques qui lui sont confiés dans le cadre d’ouverture au public. Chaque année, les douze lieux qui sont gérés par l’entreprise accueillent plus d’un million et demi de visiteurs.

La politique globale de valorisation repose principalement sur la valorisation des espaces extérieurs via une intégration paysagère forte, la création de muséographies vivantes et cohérentes grâce à la conduite et l’exécution des parcours de visite et la mise en œuvre d’importants programmes de restauration dont elle assure la maîtrise d’ouvrage.

Le musée de la guerre du Moyen-Âge à Castelnaud

b) Culturespaces : la gestion globale et directe de monuments et musées

Créé en 1990, Culturespaces se définit comme « le premier acteur privé pour la gestion globale de monuments et musées, la création de centres d’art, l’organisation d’expositions temporaires et d’expositions numériques immersives ». En outre, sa mission repose sur l’accueil des publics et la médiation culturelle.

Pour cela, Culturespaces gère en direct tous les services proposés aux visiteurs, de la billetterie à l’entretien des jardins en passant par la restauration. Les sites gérés sont principalement des musées et centre d’art comme le Musée Jacquemart-André à Paris, des monuments historiques prestigieux  comme le château des Baux de Provence, des jardins remarquables et collections comme les collections de la Villa Ephrussi de Rothschild et des centres d’art numériques comme l’Atelier des Lumières.

c) Le Centre des Monuments Nationaux : le gestionnaire des monuments de l’État

Le Centre des Monuments Nationaux (CMN) est le gestionnaire des monuments publics. Il est donc chargé de « conserver, restaurer et entretenir, les monuments et les collections placés sous sa responsabilité en y conduisant, sous le contrôle scientifique et technique des services du ministère de la Culture et de la Communication, des opérations visant à prévenir leur dégradation et à étendre leur durée de vie ». En outre, le CMN a pour principales missions de :

– Rendre accessible ces monuments au plus grand nombre et en particulier aux publics prioritaires (publics éloignés de la culture et publics en situation de handicap)

– Contribuer à la politique d’éducation artistique et culturelle et en particulier des publics scolaires

– Participer à la vie culturelle et au développement du tourisme, en concertation avec les directions régionales des affaires culturelles, les collectivités territoriales et les réseaux d’institutions culturelles

– Assurer une mission d’éditeur public sous la marque Éditions du patrimoine 

d) Culturevent : le spécialiste des concerts et évènements musicaux

Culturevent est une entreprise spécialisée dans la conception, la scénarisation, l’organisation et la production de concerts et d’événements musicaux (classique, opéra, jazz et variété). Aussi, sa mission consiste à créer des passerelles entre les entreprises, agences, collectivités, lieux de patrimoines, institutions culturelles avec la musique et les musiciens professionnels.

En outre, l’entreprise intervient auprès des organisateurs d’événements occasionnels ou professionnels autour de quatre domaine d’activités : l’évènementiel, le team-buildin, la programmation culturelle et la production de concerts et de spectacles.

3. Les acteurs qui proposent des outils innovants pour faciliter la gestion des sites ouverts au grand public

De nouveaux acteurs percent la toile en proposant des outils adaptés et innovants afin de valoriser et de conserver le patrimoine ouvert au grand public.

a) Histovery : les nouvelles technologies au service du patrimoine

Cette jeune entreprise s’est donné pour mission de valoriser le patrimoine culturel grâce aux nouvelles technologies. C’est donc dans ce cadre qu’elle crée des visite augmentées sur tablette, l’HistoPad.

b) Weekisto : un progiciel pour faciliter la diffusion de l’histoire des hommes et du patrimoine

Weekisto est une entreprise « dédiée à la valorisation de l’histoire des hommes et du patrimoine sur vos territoires ». Sa mission est en effet de valoriser les informations historiques et de faciliter leur diffusion. Il s’agit donc d’un travail en collaboration avec les archives, les associations d’historiens et des spécialistes.

L’entreprise a créé un progiciel dédié au patrimoine (plate-forme-web, application mobile, base de données partagée etc.), pensé comme un carrefour entre les recherches effectuées par des spécialistes et la demande en connaissances certifiées du grand public.

Une fois le progiciel paramétré, on peut ainsi organiser et géo-localiser chacune des informations importantes en les enrichir d’images et de vidéos et créer des cartes, des parcours, des quiz, des flux d’informations, publiables sur des supports d’informations existants.

c) Patrivia : la plateforme de billetterie en ligne

Patrivia est une start’up du patrimoine, fondée en 2016, qui a créé une billetterie en ligne pour les châteaux : « la plateforme indispensable pour découvrir, planifier et réserver toutes vos visites culturelles à travers la France et la Belgique ».

Partant du constat que beaucoup de trésors du patrimoine restent méconnus, faute de visibilité, la start’up a créé la plateforme pour rassembler les monuments et sites culturels, publics et privés, ouverts au grand public pour la visite. La plateforme permet d’offrir une visibilité accrue à tous ces sites en permettant aux visiteurs d’acheter leurs billets en ligne.

d) Dart’Ngo : la plateforme de vente d’expériences en ligne

Dart’Ngo se définit comme « le point de départ d’expériences inoubliables avec le patrimoine : visites à la bougie, nuitées, concerts, reconstitutions historiques et visites exclusives ». Elle appartient au groupe Dartagnans.

4. Les distributeurs de lieux : l’airbnb des lieux d’exception 

Il existe un grand nombre de distributeurs de lieux. Néanmoins, il convient de distinguer entre :

Les réseaux d’exploitants : certains propriétaires décident de déléguer la gestion de leur domaine à un réseau d’exploitants. Ceux-ci gèrent différents lieux qui s’inscrivent tous dans un même standard

Les distributeurs de lieux : ils valorisent le patrimoine en proposant des séjours dans des lieux d’exception : hôtels de luxe, hôtels de charme, restaurants etc.

Exemples de chaînes d’hôtels dans des lieux d’exception et notamment dans des monuments historiques : Relais & Châteaux, Hôtels & Préférence, Esprit de France, Les collectionneurs.

On peut également citer la plateforme Rêve de châteaux, issue de la rencontre entre la start-up Châteaux Expériences et l’Association des Vieilles Maisons Françaises.

Conclusion

Qu’ils soient investisseurs économiques, gestionnaires, privés ou publics, les acteurs du Patrimoine sont nombreux et assurent des missions diverses mais complémentaires. Aujourd’hui conseil et gestion sont devenus indissociables. Partout un même objectif, celui de faire du Patrimoine l’affaire de tous. Conserver, restaurer, valoriser et pérenniser sont les maître-mots qui accompagnent ces acteurs engagés.

A vous de jouer ! Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à nous écrire : contact@hephata.fr

Pour aller plus loin

Les acteurs du patrimoine : le financement

Les acteurs du patrimoine : conseil, sensibilisation et lobbying

Gérer un château en couple

Panorama des acteurs européens du patrimoine

Comment choisir ses outils de gestion hôtelière ?

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Les acteurs du patrimoine : conseil, sensibilisation et lobbying. Premier volet du « Guide pratique pour savoir vers qui se tourner ».

L’important à retenir dans cet article :

Il existe en France une multitude d’organisations, de fondations, d’associations qui luttent pour la sauvegarde et la valorisation du Patrimoine par des missions diverses. Pour entretenir et gérer leurs domaines, les propriétaires ou gestionnaires de sites patrimoniaux doivent en permanence résoudre les problématiques fiscales, juridiques, de gestion d’activités etc. qui se posent à eux. Ces organismes sont là pour les aider. Mais, face à la multiplicité d’acteurs du patrimoine, il n’est pas toujours facile de savoir à qui s’adresser.

Cet article permettra de comprendre le rôle de chacun afin d’y voir plus clair pour se tourner plus facilement vers le bon interlocuteur :

– Les spécialistes du conseil fiscal et juridique

– Ceux qui se tournent vers l’information et la sensibilisation du public

– Les acteurs impliqués dans la sphère publique

Introduction

En France, on dénombre 44 000 monuments historiques dont la moitié sont publics. Ce patrimoine est composé d’un tiers d’églises (tous les édifices religieux construits avant 1905 appartiennent à l’État), d’un tiers de châteaux, manoirs, hôtels particuliers, maisons de maître, et d’un tiers de patrimoine rural dit « patrimoine vernaculaire » (lavoirs, ponts, moulins).

Parmi eux, 5 000 monuments bénéficient d’une protection (classement ou inscription).

Selon la Demeure Historique, le temps moyen de détention d’un château par un particulier est de sept ans et, faute de moyens, 400 châteaux changent de propriétaires chaque année. Pour tenter de pallier à ces difficultés, des initiatives de sauvegarde sont mises en place : opérations de crowdfunding, subventions, promotion d’activités économiques etc. Le mécénat représente aujourd’hui un des moyens les plus importants pour réunir les sommes d’argent nécessaires à la préservation de ces vieilles pierres et à leur transmission. En 2017, 500 millions d’euros ont été récoltés via le mécénat culturel (3% pour le patrimoine culturel) et plus de 300 millions d’euros via les subventions.

Repreneur ou acquéreur d’un monument historique, propriétaire de longue date, gestionnaire quelles sont les personnes à solliciter pour être aidé dans son projet ?

1. Les acteurs spécialisés dans le conseil juridique et fiscal

En France, le droit est omniprésent. Si l’on n’est pas juriste, il est difficile de s’y retrouver seul. En outre, les monuments historiques relèvent d’un régime fiscal dérogatoire . En tant que propriétaire, il est judicieux de bien se faire accompagner sur ses questions très techniques d’autant que certains acteurs du patrimoine ont fait du conseil juridique et fiscal, leur mission principale.  

a) La Demeure Historique

L’interlocuteur privilégié pour toutes les questions d’ordre juridique et fiscal est bien évidemment la Demeure historique (DH), association nationale fondée en 1924 et reconnue d’utilité publique en 1965. Elle regroupe plus de trois mille adhérents, propriétaires de monuments et jardins historiques.

La DH apporte une expertise juridique et fiscale aux propriétaires-gestionnaires de monuments historiques par :

– Du conseil personnalisé

– Des formations thématisées

– La mise à disposition de guides et documents techniques

Plaquette de présentation de la DH

b) La Fédération Patrimoine-Environnement

La Fédération Patrimoine-Environnement (LUR-FNASSEM) , agréée par le Ministère chargé de l’Écologie et du Développement durable et par le Ministère de l’Éducation Nationale, réunit des particuliers, des associations et des collectivités. Leur vocation commune est de militer pour :

– La protection et la valorisation des paysages

– La protection et la valorisation du patrimoine archéologique, architectural et touristique français

– L’amélioration du cadre de vie

Elle résulte de la fusion, en 2013, de la Fédération Nationale des Associations de Sauvegarde des Sites et Ensembles Monumentaux (FNASSEM) et de la Ligue Urbaine et Rurale pour l’aménagement du cadre de la vie française (LUR).

Au cœur de ses différentes missions, la fédération joue le rôle de conseiller juridique auprès de ses adhérents grâce à l’organisation, d’une part, d’ateliers d’informations sur des thématiques variées tel que l’urbanisme, le bâti ancien ou les églises. Ces formations ont lieu au niveau régional.  D’autre part, l’organisation annuelle des Journées Juridiques du Patrimoine , à l’échelle nationale.

2. Les acteurs spécialisés dans l’information et la sensibilisation du public

En France, les politiques publiques culturelles sont dirigées par le Ministère de la Culture  dont l’objectif est de « rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France »

Au niveau régional et départemental, c’est la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) qui officie pour le compte de l’État. Il s’agit en effet du service déconcentré du ministère de la Culture. La DRAC a pour mission : la protection, la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. En outre, elle soutient les musées et la création dans l’art.

À côté des acteurs publics, une multitude d’organismes viennent renforcer ce rôle d’information et de sensibilisation du public au patrimoine.

a) Les Maisons Paysannes de France : l’alliance du patrimoine rural bâti et de l’écologie

Les Maisons Paysannes de France , association nationale reconnue d’utilité publique, a pour mission la sauvegarde du patrimoine rural bâti et paysager. Pour répondre à cette missions, elle utilise différents leviers :

La sensibilisation du public aux qualités esthétiques et écologiques de l’architecture traditionnelle et aux paysages ruraux ;

– L’information du public et des professionnels sur cette architecture, sur ses possibilités de restauration et ses qualités environnementales ;

– La publication d’une revue trimestrielle qui propose des conseils et des techniques de restauration, des informations sur des constructions contemporaines respectueuses de leur environnement et des exemples d’aménagement durable de territoires.

b) Les Vieilles Maisons Françaises : une politique d’attribution de prix et de labels

Les Vieilles Maisons Françaises (VMF) est une association créée en 1958 et reconnue d’utilité publique en 1963. Elle se compose de 18 000 adhérents qui, contrairement à la DH, ne sont pas nécessairement des propriétaires.

Sa mission est de se consacrer à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine bâti et paysager local via l’attribution de prix et labels pour ses adhérents : le label « VMF Patrimoine Historique » qui reconnaît la qualité architecturale d’une demeure ainsi que les prix de sauvegarde nationaux, régionaux et départementaux. Elle publie également un magazine à raison de six numéros par an qui permettent de découvrir une région ou une ville en particulier

c) L’Union REMPART : l’implication de bénévoles dans une vision sociale et solidaire du patrimoine avec l’organisation de chantiers

L’Union REMPART est une association qui propose des chantiers de rénovation du patrimoine (maçonnerie, taille de pierres) et des formations à destination de bénévoles du monde entier.

Sa logique est de placer le patrimoine comme support et vecteur d’apprentissage, d’éducation et de formation. Aussi, elle invite à une réflexion complexe sur ses enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

L’association est porteuse de l’intérêt général. Elle revendique donc, à ce titre, le soutien de la puissance publique. Enfin, elle associe, dans le territoire où elle s’inscrit, des partenaires privés ou de l’économie sociale et solidaire (ESS).

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d) La Fédération Patrimoine-Environnement : la défense de l’environnement et la sauvegarde du patrimoine par l’organisation de grands évènements

À côté de ses missions de conseil, la Fédération Patrimoine-Environnement joue un rôle important autour des missions suivantes :

Communiquer, informer et mettre en réseau sur divers supports de communication (site Internet, lettre d’information électronique, revue annuelle thématique)

Sensibiliser et éduquer : la Fédération coordonne les Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins et organise les concours nationaux du « Meilleur Petit Journal du Patrimoine » et le concours des « Entrées et ville et reconquête des franges urbaines » .

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Plaquette de présentation de la Fédération Patrimoine-Environnement

e) Sites & monuments : la défense du patrimoine naturel et bâti par des concours

La Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF) est une association créée en 1901, reconnue d’utilité publique en 1936 et agréée pour la protection de l’environnement depuis 1978. Elle défend le patrimoine naturel et bâti et utilise désormais le nom de Sites & Monuments.

L’association s’engage dans la sauvegarde du patrimoine via la publication d’une revue annuelle et l’organisation de concours. Ces concours valorisent les initiatives locales en matière de patrimoine. Depuis 1988, l’association a ainsi attribué plus de deux cents prix pour un montant total de près de 500 000  euros, alimentés par des fonds publics et privés.

2. Les acteurs impliqués dans la sphère publique

a) La Demeure Historique

En plus de ses missions de conseil sur les questions juridiques et fiscale, la DH joue un rôle important auprès des pouvoirs publics. Elle fait du lobbying en faveur du patrimoine historique privé. Aussi, à ce titre, la DH se veut être « un partenaire privilégié des décideurs politiques et des acteurs de la filière du patrimoine ».

b) Les Maisons Paysannes de France

À côté de la Demeure Historique, on retrouve également l’association Les Maisons Paysannes de France qui se positionne face aux pouvoirs publics afin d’obtenir toutes les mesures législatives ou règlementaires nécessaires à :

– La restauration des maisons anciennes

– L’implantation de constructions nouvelles

– La préservation des paysages

– La mise en œuvre de matériaux de proximité ou bio-sourcés 

c) La Fédération Patrimoine-Environnement

La Fédération Patrimoine-Environnement est également présente dans la sphère publique. En outre, elle participe aux commissions et structures nationales et internationales sur le patrimoine, les paysages et la vie associative dont :

Europa Nostra

– La conférence nationale des associations de sauvegarde du patrimoine bâti et paysager avec le Ministère de la Culture, le G8 Patrimoine

– La Commission nationale des monuments historiques section abords

– Le Conseil d’orientation de la Fondation du patrimoine

– ICOMOS France (pour le patrimoine mondial),

d) Sites & Monuments

L’association siège au Conseil d’orientation de la Fondation du Patrimoine et intervient auprès de l’administration. D’une part, l’association participe à des instances publiques consultatives comme la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), la Commission supérieure des sites, perspectives et paysages (CSSPP) et des commissions territoriales. D’autre part, elle appartient au G8, groupe de huit associations de défense du patrimoine reconnues d’utilité publique consulté par le ministère de la Culture.

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Conclusion

Les acteurs du patrimoine : conseil, sensibilisation et lobbying. Ces acteurs ont chacun leur rôle à jouer. Mais d’autres acteurs sont spécialisés dans le financement. À découvrir dans l’article suivant…

Pour aller plus loin

Les acteurs du patrimoine : la gestion

Les acteurs du patrimoine : le financement

Créer une association pour son château

Les chantiers participatifs au service du patrimoine

Club de mécènes de l’Abbaye de Fontevraud

L’important à retenir dans cet article :

Accueillir des visiteurs en lien avec des activités dans un château ou un monument n’est pas simple. L’enjeu augmente lorsqu’il s’agit de faire croitre le nombre de visiteurs. Plusieurs techniques sont utilisées pour « booster » les visites et rendre ses espaces attractifs, parmi elles : la communication, la signalétique, la facilitation des transports, l’amélioration de la qualité des activités…

Le Château de Fougères en Bretagne a connu une belle croissance du nombre de visiteurs (plus de 106 000 en 2017). Evelyne Gautier Le Bail, Adjointe au Maire de Fougères nous donne quelques clés. A bien y regarder, ce qui compte serait : 
– L’adéquation du lieu aux activités
– L’adéquation des activités au public ciblé

Quelles sont les visites que vous proposez ? 

Le Château de Fougères s’adresse à un public très large autour de différents types de visites : 
– En groupe ou en individuel : 
Des visites libres avec des audio-guides (français, anglais, italien, allemand, espagnol ; ainsi qu’un audio-guide pour enfants).
Des visites guidées avec un guide agréé.
– Des visites classiques : de la forteresse ou dans les tours avec une scénographie sur l’Histoire du Château et son appartenance au royaume de France et de Bretagne (l’histoire des « Marches de Bretagne » entre le royaume et le duché de Bretagne).
– Des visites à thème : un calendrier pendant les vacances scolaires et les week-ends pour proposer des animations proposées par le service patrimoine et pouvant être enrichies en lien avec des associations patrimoniales.
– Des visites guidées en langues étrangères.
– Des livrets en 8 langues : les cinq langues citées précédemment et japonais, russe, néerlandais. 
– Des visites en langue des signes (LSF) à la demande.

Il est également possible de visiter la ville selon des thématiques telles que l’époque médiévale.

A quels publics vous adressez-vous ? Quel type de public aimeriez-vous davantage recevoir ? 

Notre public cible est constitué principalement de familles avec des enfants. C’est un public plutôt « saisonnier ». 

Néanmoins, nous développons un public sur toute l’année, par exemple en nous adressant aux seniors, aux publics affinitaires.
Nous recevons 12 000 scolaires par an et des groupes (environ 7 000 personnes par an). Nous souhaitons développer les packages.

Est-ce principalement de la clientèle Bretonne ou de toute la France ? 

En termes de billetterie, 70% de notre clientèle est française. Elle provient majoritairement de la région Grand-Ouest, soit de Bretagne, des Pays de la Loire, et de la Normandie. Une grande clientèle provient aussi de la Région Parisienne.

Nous souhaitons développer la clientèle du Nord de la France, en lien avec les stratégies marketing de la Région Bretagne.

Nous sommes également intéressés par le public international et nous développons des médiations en langues étrangères pour leur donner envie de visiter. Par exemple, nous recevons beaucoup d’anglais et d’espagnols et nous cherchons à élargir à des groupes internationaux comme les japonais ou les américains. 

Nous profitons de leur visite du Mont-Saint-Michel, géré par le CMN, et nous souhaitons les faire venir jusqu’au Château de Fougères.

Comment expliquez-vous que le nombre de visiteurs ait augmenté ? Que recherche le public ? 

La campagne de communication
Ce phénomène peut être expliqué par notre grande campagne de communication chaque année. Nous en avons lancé une nouvelle l’année dernière. Elle était notamment résumée par une grande affiche, comprenant la photo du château et le slogan « T’as pas vu Fougères, t’as rien vu ».

Par ailleurs, de façon générale, notre politique de communication est « très volontariste ». Elle se présente sous différents canaux :
– Institutionnelle : les affiches, les dépliants touristiques
– Web : les réseaux sociaux et le site internet
– La Presse : des publications dans des revues spécialisées pour les amateurs d’Histoire ou les familles
– Les Labels : Ville d’Art et d’Histoire, Destination Rennes et portes de Bretagne, la marque Bretagne…
– Les Guides : TripAdvisor, Le Petit Futé… (Nous avons de bons retours et de bonnes notes, il est donc important d’avoir de tels relais)
– Les Evènements : La parodie de Harry Potter tournée par le youtubeur Joueur du Grenier, l’émission de Stéphane Bern, le Tour de France qui va venir à Fougères et qui amène du public venant de 360 pays dans le monde… 

Cela nous confère une visibilité importante et amène ainsi davantage de visiteurs. 

Créer une expérience
Le public souhaite ici vivre une expérience, que ce soit en famille, avec des amis… Il faut leur proposer des animations et des évènements qui évoluent sans cesse. Le rôle des nouvelles technologies est important.

S’adresser aux bons publics
Il y a toujours des amateurs d’Histoire qui recherchent simplement la visite du patrimoine du château ! Il ne faut pas les négliger.

L’utilisation des nouvelles technologies est-elle importante pour attirer du public ? 

Cette utilisation est même primordiale ! 

Aujourd’hui nous utilisons la scénographie, soit une médiation visuelle et sonore des scènes historiques, qui est à la fois un média technologique visuel et sonore, mais nous avons de nombreux projets. 

En effet, une étude est menée en ce moment avec d’autres sites afin d’apporter de nouvelles technologies dans le cadre de travaux de recherches européens : 
– Un casque Oculus pour une réalité augmentée
– Une salle immersive 
– Des animations de Réalité Virtuelle grâce à des casques spéciaux
– L’utilisation de tablettes

Cela se met en place progressivement, et sera prêt pour 2019-2020.

L’organisation de l’ensemble de ses activités au sein du château nécessite quelles ressources ? 

Le Château est public et est géré en régie. Le budget de la ville est séparé entre les animations, l’entretien et la conservation du château, le personnel.
Pour donner une fourchette, le budget pour les animations estivales du soir varie entre 40 000 et 50 000€. 

Mais ce qui importe, c’est le chiffre d’affaires dégagé par ces investissements. Celui ci est de 550 000€, et ses recettes sont absolument essentielles pour la ville.

En ce qui concerne les effectifs, nous avons un ensemble de permanents et de saisonniers qui travaillent au château : 
– Une responsable qui s’occupe de l’ensemble,
– un animateur du patrimoine qui gère trois guides permanents, une dizaine de guides-conférenciers agréés vacataires et les saisonniers. Il est obligatoire que nous ayons des guides-conférenciers car nous possédons le label Ville d’Art et d’Histoire depuis 1984.
– Une équipe administrative composée de deux personnes à l’accueil des individuels et la réservation des groupes.
– Un technicien de maintenance pour la scénographie et les spectacles, ainsi que du personnel d’entretien,
– des intermittents du spectacle qui travaillent à l’année sous forme de prestations, mais qui peuvent aussi jouer dans d’autres sites que le nôtre.

Quelles clés donneriez-vous à un propriétaire qui désire augmenter le nombre de visiteurs ? 

Plusieurs conseils pour un propriétaire :
– La qualité d’accueil avant toute chose ! 
– La qualité de la communication est essentielle, notamment sur les réseaux sociaux.
– Etre recensé dans différents types de guides et sur les réseaux (TripAdvisor…), car le public regarde ce qu’ils conseillent.
– Etre associé à un grand événement. Cela permet de renforcer la notoriété et donc l’attractivité, de bénéficier de grandes retombées…
– Développer les animations déjà existantes.

Il est bien d’informer afin que les visiteurs souhaitent venir, revenir, et que le site devienne « incontournable » ! 

Pour aller plus loin :

 Pour en lire davantage : 

– LES CHÂTEAUX-ENTREPRISES – est-ce le modèle économique de demain ? 
– Le château de Fougères devient le deuxième château le plus visité en Bretagne
– Le château de Fougères lance sa mutation numérique