Le patrimoine historique face à la science

Hephata

Le patrimoine historique face à la science – Ces châteaux qui rééduquent à la « vie réelle »…

L’important à retenir dans cet article :

Notre monde et nos vies se digitalisent, pour le meilleur ou pour le pire. Tandis que la technologie progresse à pas de géants et que nous profitons de multiples possibilités de tout faire, plus vite, plus efficacement, partout, un fossé se creuse entre ce que nous faisons et ce que nous sommes, entre nos passions et nos besoins, mais aussi entre notre avenir et notre passé…

De la vie fragmentée…

Lundi matin, 6h30. Mon iphone sonne. Je retarde le réveil de 10 minutes. A nouveau, ça sonne. J’ouvre l’œil. Un coup de pouce. Je fais couler ma Nespresso, à distance. Un coup de pouce. Je commande à Google Home d’augmenter le chauffage. Un coup de pouce. Mon appli me dit que j’ai dormi 5h23 dont seulement 1h de sommeil réparateur. J’ai reçu un Whatsapp. Mon boss : « télécharge la prez’ pour la conf de 9h00 ».

Puis, 23 notifications Facebook. « Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ta sœur ». J’allume France Inter.

7h08. Je file dans la douche. J’avale 2 tartines. 1 Nespresso. Mon frigo tilte. J’ai plus de beurre. Un coup de pouce. Amazon l’ajoute à ma liste de courses.

7h23. Un coup de pouce. Uber arrive. Je dévale les escaliers.

…à la vie bouleversée

Samedi matin, 9h00. Le chant du coq m’ouvre les yeux sur une immense chambre, gelée, chauffée au poêle, du Château Labiche. J’y passe le weekend en « digital-détox ». 48h sans iphone, sans musique, sans ordinateur et sans internet. 48h de promenades faites de grand air et de silence. On m’a informé que, peut-être, ce serait aussi 48h sans prendre de douche. Les douves sont gelées, ça pourrait faire sauter les canalisations…

J’ai prévu de lire La Saga des Romanov, un livre en papier qui sent légèrement le moisi. Je vais rencontrer mes hôtes : parler, vraiment, avec de vraies personnes, et concentrer toute mon attention sur une seule tâche à la fois.

Si j’ai besoin de quelque chose je devrai me déplacer pour aller le demander, et je devrai probablement attendre 30 ou 40 minutes pour qu’on me l’apporte. Je vais sortir de mon confort habituel en espérant parvenir à me « recentrer ».

A « déconnecter » pour me « reconnecter avec moi-même ».

La révolution technologique est en marche. Elle pose un débat…

Cette révolution est tractée par les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Sciences Cognitives). On dirait qu’elle hisse l’humanité à son faîte. Il s’agirait maintenant de choisir ! Au menu :
• La pente de la croissance trans-humaniste. Choisir les NBIC envers et contre les lois naturelles, voire divines.
• La pente de la tradition pré-humaniste. Un retour systématique aux pratiques ancestrales et la faible, voire l’absence, de croissance.
• Tenir le faîte. Autrement dit, tenir la posture entre la tradition et l’innovation. Entre ce qui a élevé l’homme jusqu’ici et ce qui pourrait le grandir encore dans les évolutions à venir.

Mais quelle serait la « meilleure » « option » ? S’il y avait une option…

La pensée du jour est la suivante : l’homme doit se protéger de l’invasion de l’inhumain, autour de lui et en lui, sous peine de perdre son identité.

En cela, la culture, l’histoire, les racines, le patrimoine sont des clés pour l’avenir.

Ce sont des contre-pouvoirs pour tenir, ou tenter de tenir, un équilibre juste pour la croissance de l’être humain. A long terme.

Dans ce débat, pourquoi la préservation de notre patrimoine est clé ?

Nous pensons qu’il y a de fortes chances pour que le traitement de notre patrimoine (« ce que l’on a reçu du père ») s’exprime pour la génétique de la même façon que pour l’histoire.

De la même façon que je préserverai le patrimoine monumental, parce que j’ai conscience de la richesse des apprentissages du passé, de l’identité qu’il me confère ou simplement de mes origines, je préserverai mon patrimoine génétique pour les mêmes raisons.

La différence entre la génétique et les monuments, c’est que le (re)traitement de l’ADN vient modifier la structure même de l’homme, sa composition physique, psychologique, physiologique… Autrement dit, elle vient modifier les liaisons entre les éléments qui composent l’homme, et ce, de façon tangible.

Dans le cas des monuments, le (re)traitement ne vient pas modifier la structure même de l’homme de façon tangible. Mais elle vient modifier les liens entre les éléments qui composent « l’humanité » de façon plus générale. Autrement dit, le lien entre les générations passées, présentes et futures. Mais aussi, le lien entre les hommes à un temps T. Philippe Besson en exprimant que « les lieux sont aussi des liens. Et ils sont notre mémoire » sous-entend une forme de rencontre cohérente entre les hommes, permise par les lieux.

Les pierres auraient donc un rôle à jouer : elles seraient à l’Homme « la sève et la vie… », ce que le sang est à chaque homme :

Dans ses Harmoniques, Michelet détaille comment l’homme dans son rapport avec la matière exprime quelque chose qui le dépasse.

En particulier dans les constructions du moyen-âge. En acceptant la nature qui le nourrit en même temps qu’elle l’oppresse, l’homme joue, sculpte, possède, créé, grandit, spiritualise la matière en exprimant ce qu’il a de plus profond.

« Hommes grossiers, qui croyez que ces pierres sont des pierres, qui n’y sentez pas circuler la sève et la vie ! … il y a ici quelque chose de grand, d’éternel… Qu’il soit désormais religion ou philosophie, qu’il passe du sens mystique au sens rationnel, il faudra toujours adorer en ces monuments la moralité humaine ».

Cette haute vision que Michelet a de la pierre historique, travaillée, qu’elle soit lieu sacré ou lieu d’histoire, Hephata la partage.